| Accueil >> Politique

Pensées sobres sur le Dieu d'A.A.

Preuve que j'y étais

Pensée sobre No. 1: Seul Dieu est Dieu

Puisque les hommes sont si faibles, il y a relativement beaucoup de «Puissances supérieures». Par exemple, Satan est une puissance supérieure (certains disent même «ma» plutôt que «une» en parlant de lui). Mais il n'y a qu'un Être Suprême, doté de toutes les perfections à un degré infini. Et il y a un mot parfaitement correct dans le dictionnaire français pour parler de Lui.

Pensée sobre No. 2: Certaines imaginations à propos de Dieu sont impies

Nos imaginations ne sont pas nécessairement une réflexion de la réalité. Tout le monde a son concept de Dieu. Mais il ne s'ensuit pas logiquement que tous les concepts de Dieu sont vrais. Par exemple, certains imaginent un «Dieu» qui veut qu'ils foncent dans un gratte-ciel avec un avion gros-porteur. D'autres imaginent un «Dieu» qui considère qu'un alcoolique qui souffre encore est quelqu'un qui ne doit pas être aidé, car il est en train de «payer pour le mauvais karma» d'une vie antérieure. Tous les concepts de Dieu ne sont pas égaux.

Pensée sobre No. 3: Un athée n'est pas la même chose que l'athéisme

Même les athées soûls sont créés à l'image et la ressemblance de Dieu, et donc la main de A.A. doit toujours être là pour eux. Mais l'athéisme est une erreur philosophique grave, qui attaque les fondations de A.A.

Pensée sobre No. 4: Si Dieu n'existe pas, tout est permis

Si Dieu n'existe pas, nous ne sommes que des tas de molécules temporairement regroupés par une évolution sans but. Pis ça, si un ivrogne a tué votre enfant parce qu'il conduisait en état d'ébriété? Tout ce qu'il a fait, c'est de réarranger des molécules! Pis ça, si un alcoolique qui souffrait encore a bu jusqu'à la mort? Toutes ses molécules sont encore ici parmi nous! Si Dieu n'existe pas, la sobriété n'est ni «bonne» ni «mauvaise». (Et si vous croyez que vous pouvez faire sortir le lapin de la morale, du chapeau de l'athéisme, SVP me contacter. Je vais afficher votre tour de magie sur l'Internet et je vais retirer tout ce que je dis ici.)

Le jour où A.A. s'est tué avec la boisson

Le 22 avril 2010, tard dans la soirée à la 60e Conférence des services généraux, le Point C du Comité de la conférence sur la littérature a été approuvé. Le Point en tant que tel était anodin, et vous n'avez pas besoin de savoir ce qu'il était. Ce qui est important est que les arguments utilisés par les délégués, autant pour que contre ce Point, ont manifesté que les pensées sobres ci-dessus à propos du Dieu d'A.A., ont été éclipsés. En ce triste jour, la majorité, bien intentionnée mais soûlée de rectitude politique, a crucifié le coeur et l'âme d'Alcooliques Anonymes.

Je ne prédis pas que A.A. va disparaître du jour au lendemain. Au contraire, je pense que A.A. va continuer apparemment sans changement, tout en se transformant progressivement en une sorte de «Club de calins de groupe», qui aura de plus en plus de misère à aider les alcooliques à devenir sobres. Tout comme une voiture ne peut pas fonctionner si vous siphonnez son essence, A.A. ne peut pas fonctionner si vous siphonnez le Dieu d'A.A.

Stefan Jetchick, traducteur Classe A


6) Post-scriptum: Partage avec des membres d'A.A. au sujet de cet article

6.1) «Essayez-vous de semer la controverse?»

Je suis bien au courant que A.A. n'aime pas la controverse. (Voir Traditions No. 6 et surtout 10.)

Mais il faut faire attention de ne pas perdre de vue l'objectif primordial de A.A.: aider les membres à rester sobres, et aider l'alcoolique qui souffre encore à devenir sobre. Bill W. et le Dr. Bob n'ont pas fondé A.A. pour éviter la controverse, mais au contraire, les deux Fondateurs ont demandé qu'on évite la controverse inutile, afin de mieux pouvoir aider les alcooliques.

Il faut donc éviter la controverse, à moins qu'une controverse précise soit nécessaire pour poursuivre l'objectif primordial de A.A. Par exemple, si un serviteur de confiance se mettait à voler l'argent de la Septième Tradition pour se payer une Rolls-Royce, et que dénoncer ce crime causerait une controverse, faudrait-il se taire? Bien sûr que non!

Mon but n'est pas de semer la controverse, mais bien d'aider A.A. à poursuivre son objectif primordial. Oui, j'aborde un sujet délicat, mais ce sujet cause déjà une controverse à l'intérieur de A.A. (le Point controversé à l'ordre du jour cause des débats houleux à la Conférence des services généraux depuis 11 ans déjà). Non seulement la controverse existait longtemps avant mon arrivée, mais A.A. court un danger bien pire que si quelqu'un volait tout l'argent des contributions, selon moi.

6.2) «Je n'y étais pas et je ne comprends rien à votre «Point C du Comité de littérature». De quoi parlez-vous?»

D'abord, sachez que j'aime beaucoup les faits vérifiables, les citations précises, les références aux sources premières, etc. Le débat au sujet de cette résolution a été enregistré. Idéalement, je vous offrirais la transcription écrite de ce débat, et vous sauriez exactement ce que j'ai entendu, et même qui l'a dit (puisque toute personne qui va au micro donne son nom complet et son titre de service).

Toute cette information existe, mais je ne peux pas m'en servir, et de toute manière elle n'est pas nécessaire. Je ne peux pas m'en servir parce que:

- A.A. a une longue tradition d'anonymat, donc je ne peux pas nommer de noms;

- je dois respecter mon code de déontologie en tant que traducteur, qui m'interdit de divulguer l'information qui appartient au client;

- la Conférence des services généraux d'A.A. travaille à huis clos, et cette assemblée délibérante (et non pas moi) décide ce qu'elle veut rendre public, et ce qu'elle veut garder privé.

Mais je n'ai pas besoin de divulguer cette information. C'est comme le vieux proverbe à propos du moine qui pointait vers la lune, et son disciple qui pensait qu'on parlait du doigt du moine! Le Point précis à l'ordre du jour est comme ce doigt: il n'est pas important. Dans mon article, «la lune» peut se résumer ainsi:

- le Dieu d'A.A. n'est pas n'importe quel «dieu»;

- sans le Dieu d'A.A., A.A. va s'auto-détruire;

- le Dieu d'A.A. a été éclipsé des esprits d'une grande proportion des délégués de Panel 59 et Panel 60.

6.3) «Comment osez-vous parler en public d'un dossier privé de la Conférence des services généraux d'A.A.?»

Pour commencer, j'ai une bonne mémoire, et ne je révèle presque rien de ce qui a été dit durant cette Conférence.

Ensuite, j'aimerais mieux me taire et encaisser en paix mon chèque de paie! En effet, le contrat d'A.A. est payant pour moi, et j'aime bien manger trois repas par jour et payer mon loyer. Pourquoi risquer qu'A.A. ne m'embauche plus, alors qu'il suffit que je me taise? Parce que ma conscience me dit de parler. Si quelque chose détruit les A.A., alors les alcooliques qui souffrent encore vont détruire leurs familles, et se détruire eux-mêmes.

6.4) «Qui dit que les A.A. sont gravement menacés?»

Je prétends que les A.A. sont gravement menacés. Je pourrais très bien me tromper. Je me trompe souvent, malheureusement. Et oui, je suis souvent aveuglé par mon orgueil. Mais est-ce que je me trompe dans ce cas-ci? Je pense que non. Mais si je suis dans l'erreur, SVP faites un effort raisonnable pour me guérir! Voir le médicament que je suggère au No. 6.6 ci-bas.

6.5) «Les délégués à la Conférence nous représentent démocratiquement! Comment osez-vous les inculper?»

Si la «conscience de groupe» était Dieu, alors comme Dieu est infaillible, la «conscience de groupe» ne pourrait jamais se tromper! Toute décision démocratique serait nécessairement parfaite.

Sauf que cela ne concorde pas avec l'histoire. Par exemple, Adolf Hitler a été élu démocratiquement. Cela ne concorde pas non plus avec les écrits de Bill W. et du Dr. Bob, qui ont bien dit que les décisions de la Conférence des services généraux n'étaient pas intouchables, qu'une Conférence subséquente pouvait contredire une décision d'une Conférence précédente.

Est-il possible que les délégués à la 60e Conférence se soient trompés au sujet du Point C? Je pense que oui, et gravement. Mais comme je le dis ci-haut, ces délégués aiment manifestement A.A., et ils ont pris cette décision avec de très bonnes intentions. Selon moi, ces délégués sont surtout victimes de certaines erreurs intellectuelles très populaires de nos jours. En d'autres mots, comme le Canada et les U.S.A. sont «infectés» par certaines erreurs philosophiques, et que les délégués sont choisis parmi des citoyens de ces deux pays, il est normal que plusieurs de ces délégués soient «infectés».

6.6) «Quel casse-tête! Avez-vous une solution?»

Je pense qu'une solution à tout ce problème pourrait être assez simple: un bon débat électronique, ou pour utiliser une expression A.A., une «séance de partage» sur l'Internet.

D'abord, cela éliminerait tout le problème de l'anonymat et des réunions fermées (voir No. 6.2 ci-haut). En effet, aucun nom ne serait affiché sur l'Internet (donc anonymat respecté), et les participants énonceraient leurs propres opinions (donc aucune information privée de la Conférence des services généraux ne serait dévoilée).

Ensuite, cela réglerait le cas si j'étais dans l'erreur (voir No. 6.4 ci-haut). Si je me trompe et que les A.A. ne sont pas menacés, cela émergerait bien vite du débat, et puisque tout serait par écrit et sur Internet, tout le monde le verrait.

Enfin, et surtout, si j'avais raison et que A.A. était vraiment menacé, le simple fait que de nombreux membres de A.A. se fassent avertir de cette menace serait peut-être suffisant pour que l'année prochaine, à la 61e Conférence des services généraux, le problème soit réglé.

Enfin, c'est ma suggestion!

6.7) «L'idée que nous nous faisons de Dieu est au coeur des traditions des A.A. Pourquoi voulez-vous nous faire changer ce qui fonctionne si bien depuis tant d'années?»

Attention! Il faut faire une distinction entre le signe, et ce qui est signifié. C'est un peu comme l'expression suivante: «Les champions de la Coupe Stanley de cette année». Cette expression reste identique d'année en année, mais l'équipe de hockey sur glace que cette expression désigne ne reste pas nécessairement la même à chaque année!

Imaginons un sociologue de la religion qui étudie l'expression «l'idée que nous nous faisons de Dieu». (En passant, la Providence divine fait bien les choses, mon voisin de gauche est professeur de sociologie de la religion à l'Université Laval!) Ce scientifique pourrait déterminer ce que cette expression signifie précisément, mais dans tel pays, et à telle époque. La même expression pourrait changer totalement de signification dans un autre pays, ou dans le même pays, mais à une autre époque.

Qu'en est-il de cette expression, si on compare les USA d'aujourd'hui avec les USA il y a plus de 60 ans, à l'époque où les A.A. ont été fondés par Bill W. et le Dr. Bob? Je pense que statistiquement, la plupart des Américains se seraient dit membres d'une dénomination chrétienne. Leur «idée de Dieu» aurait en gros été celle décrite dans la Pensée sobre No. 1. J'essaie de décrire ça avec un dessin:

Croyances populaires, il y a plus de 60 ans, aux USA

Si on laisse passer quelques générations, et qu'on refait le même sondage auprès des Américains, le graphique changerait. Même si l'Islam, l'hindouisme, le bouddhisme, l'athéisme, etc., existaient déjà il y a plus de 60 ans, c'était marginal aux USA. De plus, les religions dites du «Nouvel Âge» n'existaient pratiquement pas durant la fondation des A.A., mais elles sont aujourd'hui très populaires. Le graphique aujourd'hui ressemblerait plus à ceci:

Croyances populaires, aujourd'hui, aux USA

Bien sûr, je ne suis pas sociologue, mais une telle étude scientifique pourrait se faire, et je pense que les résultats seraient en gros compatibles avec ces deux dessins. Selon moi, l'expression «l'idée que nous nous faisons de Dieu» a changé de sens, et ce changement de sens menace l'existence même des A.A.

6.8) «Le Dieu des A.A. n'est pas le même que le Dieu des catholiques ou celui des protestants.»

Comme d'habitude, il faut commencer par définir nos termes. Si on définit «Dieu» comme étant «l'ensemble des enseignements d'une religion», alors oui, le «Dieu» des A.A. n'est pas le même que le Dieu des catholiques ou celui des protestants. Sauf que cette définition de Dieu est beaucoup trop large!

Si on définit «Dieu» plus comme la Pensée sobre No. 1 ci-haut, alors le Dieu des catholiques est le même que le Dieu des protestants, et ce Dieu est aussi le même que celui des Traditions A.A. Si vous ne me croyez pas, nous pouvons faire une liste en deux colonnes, avec à gauche les caractéristiques du Dieu des A.A., et à droite les caractéristiques du Dieu de la tradition judéo-chrétienne. Vous verrez qu'aucun point à gauche ne manque de correspondant à droite. C'est plutôt à droite qu'il va y avoir des points qui n'auront pas de correspondance à gauche. Mathématiquement, le Dieu des A.A. est un «sous-ensemble» du Dieu de la tradition judéo-chrétienne.

De plus, on peut rajouter que ce Dieu est le même que le Dieu des meilleurs philosophes. En effet, dans l'histoire de la pensée, plusieurs philosophes ont démontré l'existence de Dieu, un Dieu qui est l'Être Suprême, unique et personnel, infiniment bon, infiniment sage, infiniment puissant, différent de nous et de l'univers, qui nous aime et veut notre bien, etc. Encore ici, si vous ne me croyez pas, nous pouvons aller lire ensemble un bon livre sur l'histoire de la philosophie, ou un bon manuel de philosophie, dans le chapitre sur la «théodicée» (l'étude de Dieu, en se servant de la raison seule, sans la foi).

6.9) «A.A. doit être toujours inclusif, jamais exclusif.»

Une fois de plus, pour être d'accord ou en désaccord avec cet énoncé, nous devons nous assurer de bien le comprendre. «L'inclusivité» est très populaire de nos jours, mais elle est souvent mal comprise. La bonne exclusivité est possible.

Qu'est-ce que la «bonne exclusivité»? Quelques exemples: un service d'incendie qui refuse d'embaucher un pyromane comme pompier, un hôpital qui expulse une infirmière qui s'adonne à être aussi une tueuse en série, un pays qui empêche un terroriste de traverser sa frontière, etc.

Est-ce que cela signifie que A.A. devrait empêcher les athées de participer à leurs réunions? Bien sûr que non! Voir Pensée sobre No. 3: la main des A.A. doit toujours être là pour les athées. Mais laisser entrer les athées dans les réunions des A.A. n'est pas la même chose que laisser l'athéisme entrer dans A.A. L'athéisme est fondamentalement incompatible avec les A.A. (de même qu'il est fondamentalement incompatible avec la civilisation en général; voir Pensée sobre No. 4).

En d'autres mots, A.A. doit être raisonnablement inclusif, et jamais déraisonnablement exclusif. Il est raisonnable d'être inclusif avec les athées qui ont le désir d'arrêter de boire. Il est déraisonnable d'être inclusif avec l'athéisme.

 

| Accueil >> Politique