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Catéchisme de l'Église catholique -- §2500 à §2599

VI. Vérité, Beauté et Art sacré

§2500
La pratique du bien s'accompagne d'un plaisir spirituel gratuit et de la beauté morale. De même, la vérité comporte la joie et la splendeur de la beauté spirituelle. La vérité est belle par elle-même.La vérité de la parole, expression rationnelle de la connaissance de la réalité créée et Incréée, est nécessaire à l'homme doué d'intelligence, mais la vérité peut aussi trouver d'autres formes d'expression humaine, complémentaires, surtout quand il s'agit d'évoquer ce qu'elle comporte d'indicible, les profondeurs du coeur humain, les élévations de l'âme, le Mystère de Dieu. Avant même de Se révéler à l'homme en paroles de vérité, Dieu Se révèle à lui par le langage universel de la Création, oeuvre de Sa Parole, de Sa Sagesse: l'ordre et l'harmonie du cosmos -- que découvre et l'enfant et l'homme de science -- «la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur Auteur» (Sg 13, 5), «car c'est la Source même de la beauté qui les a créées» (Sg 13, 3).

La Sagesse est, en effet, un effluve de la puissance de Dieu, une émanation toute pure de la gloire du Tout-Puissant; aussi rien de souillé ne s'introduit en elle. Car elle est un reflet de la Lumière Eternelle, un miroir sans tache de l'activité de Dieu, une image de Sa bonté (Sg 7, 25-26). La Sagesse est, en effet, plus belle que le soleil, elle surpasse toutes les constellations, comparée à la lumière, elle l'emporte; car celle-ci fait place à la nuit, mais contre la Sagesse le mal ne prévaut pas (Sg 7, 29-30). Je suis devenu amoureux de sa beauté (Sg 8, 2).

§2501
«Créé à l'image de Dieu» (Gn 1, 26), l'homme exprime aussi la vérité de son rapport à Dieu Créateur par la beauté de ses oeuvres artistiques. L'art, en effet, est une forme d'expression proprement humaine; au de-là de la recherche des nécessités vitales commune à toutes les créatures vivantes, il est une surabondance gratuite de la richesse intérieure de l'être humain. Surgissant d'un talent donné par le Créateur et de l'effort de l'homme lui-même, l'art est une forme de sagesse pratique, unissant connaissance et savoir-faire (Sg 7, 18) pour donner forme à la vérité d'une réalité dans le langage accessible à la vue ou à l'ouïe. L'art comporte ainsi une certaine similitude avec l'activité de Dieu dans le créé, dans la mesure où il s'inspire de la vérité et de l'amour des êtres. Pas plus qu'aucune autre activité humaine, l'art n'a en lui-même sa fin absolue, mais il est ordonné et anobli par la fin ultime de l'homme (cf. Pie XII, discours 25 décembre 1955 et discours 3 septembre 1950).

§2502
L'art sacré estvrai et beau, quand il correspond par sa forme à sa vocation propre: évoquer et glorifier, dans la Foi et l'adoration, le Mystère transcendant de Dieu, Beauté Suréminente Invisible de Vérité et d'Amour, apparue dans le Christ, «Resplendissement de Sa gloire, Effigie de Sa Substance» (He 1, 3), en Qui «habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité» (Col 2, 9), beauté spirituelle réfractée dans la très Sainte Vierge Mère de Dieu, les Anges et les Saints. L'art sacré véritable porte l'homme à l'adoration, à la prière et à l'amour de Dieu Créateur et Sauveur, Saint etSanctificateur.

§2503
C'est pourquoi les évêques doivent, par eux-mêmes ou par délégation, veiller à promouvoir l'art sacré, ancien et nouveau, sous toutes ses formes, et à écarter, avec le même soin religieux, de la liturgie et des édifices du culte, tout ce qui n'est pas conforme à la vérité de la Foi et à l'authentique beauté de l'art sacré (cf. SC 122-127).

EN BREF

§2504
«Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain» (Ex 20, 16). Les disciples du Christ ont «revêtu l'homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité» (Ep 4, 24).

§2505
La vérité ou véracité est la vertu qui consiste à se montrer vrai en ses actes et à dire vrai en ses paroles, se gardant de la duplicité, de la simulation et de l'hypocrisie.

§2506
Le chrétien n'a pas à «rougir de rendre témoignage au Seigneur» (2 Tm 1, 8) en acte et en parole. Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi.

§2507
Le respect de la réputation et de l'honneur des personnes interdit toute attitude ou toute parole de médisance ou de calomnie.

§2508
Le mensonge consiste à dire le faux avec l'intention de tromper le prochain.

§2509
Une faute commise à l'encontre de la vérité demande réparation.

§2510
La règle d'or aide à discerner, dans les situations concrètes, s'il convient ou non de révéler la vérité à celui qui la demande.

§2511
«Le secret sacramentel est inviolable» (CIC, can. 983 § 1). Les secrets professionnels doivent être gardés. Les confidences préjudiciables à autrui n'ont pas à être divulguées.

§2512
La société a droit à une information fondée sur la vérité, la liberté, la justice. Il convient de s'imposer modération et discipline dans l'usage des moyens de communication sociale.

§2513
Les beaux-arts, mais surtout l'art sacré «visent, par nature, à exprimer de quelque façon dans les oeuvres humaines la beauté infinie de Dieu, et ils se consacrent d'autant plus à accroître sa louange et sa gloire qu'ils n'ont pas d'autre propos que de contribuer le plus possible à tourner les âmes humaines vers Dieu» (SC 122).

LE NEUVIEME COMMANDEMENT

Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, rien de ce qui est à ton prochain (Ex 20, 17).

Quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà commis dans son coeur l'adultère avec elle (Mt 5, 28).

§2514
S. Jean distingue trois espèces de convoitise ou de concupiscence: la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l'orgueil de la vie (cf. 1 Jn 2, 16 [Vulg.]). Suivant la tradition catéchétique catholique, le neuvième commandement proscrit la concupiscence charnelle; le dixième interdit la convoitise du bien d'autrui.

§2515
Au sens étymologique, la «concupiscence» peut désigner toute forme véhémente de désir humain. La théologie chrétienne lui a donné le sens particulier du mouvement de l'appétit sensible qui contrarie l'oeuvre de la raison humaine. L'Apôtre S. Paul l'identifie à la révolte que la «chair» mène contre l'»esprit» (cf. Ga 5, 16. 17. 24; Ep 2, 3). Elle vient de la désobéissance du premier péché (Gn 3, 11). Elle dérègle les facultés morales de l'homme et, sans être une faute en elle-même, incline ce dernier à commettre des péchés (cf. Cc. Trente: DS 1515).

§2516
Déjà dans l'homme, parce qu'il est un être composé, esprit et corps, il existe une certaine tension, il se déroule une certaine lutte de tendances entre l'»esprit» et la «chair». Mais cette lutte, en fait, appartient à l'héritage du péché, elle en est une conséquence et, en même temps, une confirmation. Elle fait partie de l'expérience quotidienne du combat spirituel:

Pour l'Apôtre, il ne s'agit pas de mépriser et de condamner le corps qui, avec l'âme spirituelle, constitue la nature de l'homme et sa personnalité de sujet; il traite, par contre, des oeuvres ou plutôt des dispositions stables -- vertus et vices -- moralement bonnes ou mauvaises, qui sont le fruit de la soumission (dans le premier cas) ou au contraire de la résistance (dans le second cas) à l'action salvatrice de l'Esprit Saint. C'est pourquoi l'Apôtre écrit: «Puisque l'Esprit est notre vie, que l'Esprit nous fasse aussi agir» (Ga 5, 25) (Jean-Paul II, DeV 55).

I. La purification du coeur

§2517
Le coeur est le siège de la personnalité morale: «C'est du coeur que viennent intentions mauvaises, meurtres, adultères et inconduites» (Mt 15, 19). La lutte contre la convoitise charnelle passe par la purification du coeur et la pratique de la tempérance:

Maintiens-toi dans la simplicité, l'innocence, et tu seras comme les petits enfants qui ignorent le mal destructeur de la vie des hommes (Hermas, mand. 2, 1).

§2518
La sixième béatitude proclame: «Bienheureux les coeurs purs, car ils verront Dieu» (Mt 5, 8). Les «coeurs purs» désignent ceux qui ont accordé leur intelligence et leur volonté aux exigences de la sainteté de Dieu, principalement en trois domaines: la charité (cf. 1 Tm 4, 3-9; 2 Tm 2, 22), la chasteté ou rectitude sexuelle (cf. 1 Th 4, 7; Col 3, 5; Ep 4, 19), l'amour de la vérité et l'orthodoxie de la foi (cf. Tt 1, 15; 1 Tm 1, 3-4; 2 Tm 2, 23-26). Il existe un lien entre la pureté du coeur, du corps et de la foi:

Les fidèles doivent croire les articles du Symbole, «afin qu'en croyant, ils obéissent à Dieu; qu'en obéissant, ils vivent bien; qu'en vivant bien, ils purifient leur coeur et qu'en purifiant leur coeur, ils comprennent ce qu'ils croient» (S. Augustin, fid. et symb. 10, 25: PL 40, 196).

§2519
Aux «coeurs purs» est promis de voir Dieu face-à-face et de Lui être semblables (cf. 1 Co 13, 12; 1 Jn 3, 2). La pureté du coeur est le préalable à la vision. Dès aujourd'hui, elle nous donne de voir selon Dieu, de recevoir autrui comme un «prochain «; elle nous permet de percevoir le corps humain, le nôtre et celui du prochain, comme un temple de l'Esprit Saint, une manifestation de la beauté divine.

II. Le combat pour la pureté

§2520
Le Baptême confère à celui qui le reçoit la grâce de la purification de tous les péchés. Mais le baptisé doit continuer à lutter contre la concupiscence de la chair et les convoitises désordonnées. Avec la grâce de Dieu, il y parvient

-- par la vertu et le don de chasteté, car la chasteté permet d'aimer d'un coeur droit et sans partage.

-- par la pureté d'intention qui consiste à viser la fin véritable de l'homme: D'un oeil simple, le baptisé cherche à trouver et à accomplir en toute chose la volonté de Dieu (cf. Rm 12, 2; Col 1, 10).

-- par la pureté du regard, extérieur et intérieur; par la discipline des sentiments et de l'imagination; par le refus de toute complaisance dans les pensées impures qui inclinent à se détourner de la voie des commandements divins: «La vue éveille la passion chez les insensés» (Sg 15, 5).

-- par la prière:

Je croyais que la continence relevait de mes propres forces, ... forces que je ne me connaissais pas. Et j'étais assez sot pour ne pas savoir que personne ne peut être continent, si tu ne le lui donnes. Et certes, tu l'aurais donné, si de mon gémissement intérieur, j'avais frappé à tes oreilles et si d'une foi solide, j'avais jeté en toi mon souci (S. Augustin, conf. 6, 11, 20).

§2521
La pureté demande la pudeur. Celle-ci est une partie intégrante de la tempérance. La pudeur préserve l'intimité de la personne. Elle désigne le refus de dévoiler ce qui doit rester caché. Elle est ordonnée à la chasteté dont elle atteste la délicatesse. Elle guide les regards et les gestes conformes à la dignité des personnes et de leur union.

§2522
La pudeur protège le mystère des personnes et de leur amour. Elle invite à la patience et à la modération dans la relation amoureuse; elle demande que soient remplies les conditions du don et de l'engagement définitif de l'homme et de la femme entre eux. La pudeur est modestie. Elle inspire le choix du vêtement. Elle maintient le silence ou le réserve là où transparaît le risque d'une curiosité malsaine. Elle se fait discrétion.

§2523
Il existe une pudeur des sentiments aussi bien que du corps. Elle proteste, par exemple, contre les explorations «voyeuristes» du corps humain dans certaines publicités, ou contre la sollicitation de certains médias à aller trop loin dans la révélation de confidences intimes. La pudeur inspire une manière de vivre qui permet de résister aux sollicitations de la mode et à la pression des idéologies dominantes.

§2524
Les formes revêtues par la pudeur varient d'une culture à l'autre. Partout, cependant, elle reste le pressentiment d'une dignité spirituelle propre à l'homme. Elle naît par l'éveil de la conscience du sujet. Enseigner la pudeur à des enfants et des adolescents c'est éveiller au respect de la personne humaine.

§2525
La pureté chrétienne demande une purification du climat social. Elle exige des moyens de communication sociale une information soucieuse de respect et de retenue. La pureté du coeur libère de l'érotisme diffus et écarte des spectacles qui favorisent le voyeurisme et l'illusion.

§2526
Ce qui est appelé la permissivité des moeurs repose sur une conception erronée de la liberté humaine; pour s'édifier, cette dernière a besoin de se laisser éduquer au préalable par la loi morale. Il convient de demander aux responsables de l'éducation de dispenser à la jeunesse un enseignement respectueux de la vérité, des qualités du coeur et de la dignité morale et spirituelle de l'homme.

§2527
«La Bonne Nouvelle du Christ rénove constamment la vie et la culture de l'homme déchu: elle combat et écarte les erreurs et les maux qui proviennent de la séduction permanente du péché. Elle ne cesse de purifier et d'élever la moralité des peuples. Par les richesses d'en haut, elle féconde comme de l'intérieur les qualités spirituelles et les dons propres à chaque peuple et à chaque âge. Elle les fortifie, les parfait et les restaure dans le Christ» (GS 58, § 4).

EN BREF

§2528
«Quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà commis dans son coeur l'adultère avec elle» (Mt 5, 28).

§2529
Le neuvième commandement met en garde contre la convoitise ou concupiscence charnelle.

§2530
La lutte contre la convoitise charnelle passe par la purification du coeur et la pratique de la tempérance.

§2531
La pureté du coeur nous donnera de voir Dieu: elle nous donne dès maintenant de voir toute chose selon Dieu.

§2532
La purification du coeur exige la prière, la pratique de la chasteté, la pureté de l'intention et du regard.

§2533
La pureté du coeur demande la pudeur qui est patience, modestie et discrétion. La pudeur préserve l'intimité de la personne.

LE DIXIEME COMMANDEMENT

Tu ne convoiteras ... rien de ce qui est à ton prochain (Ex 20, 17). Tu ne désireras ni sa maison, ni son champ, ni son serviteur ou sa servante, ni son boeuf ou son âne: rien de ce qui est à lui (Dt 5, 21).

Là où est ton trésor, là sera ton coeur (Mt 6, 21).

§2534
Le dixième commandement dédouble et complète le neuvième, qui porte sur la concupiscence de la chair. Il interdit la convoitise du bien d'autrui, racine du vol, de la rapine et de la fraude, que proscrit le septième commandement. La «convoitise des yeux» (cf. 1 Jn 2, 16) conduit à la violence et à l'injustice défendues par le cinquième précepte (cf. Mi 2, 2). La cupidité trouve son origine, comme la fornication, dans l'idolâtrie prohibée dans les trois premières prescriptions de la loi (cf. Sg 14, 12). Le dixième commandement porte sur l'intention du coeur; il résume, avec le neuvième, tous les préceptes de la Loi.

I. Le désordre des convoitises

§2535
L'appétit sensible nous porte à désirer les choses agréables que nous n'avons pas. Ainsi désirer manger quand on a faim, ou se chauffer quand on a froid. Ces désirs sont bons en eux-mêmes; mais souvent ils ne gardent pas la mesure de la raison et nous poussent à convoiter injustement ce qui ne nous revient pas et appartient, ou est dû, à autrui.

§2536
Le dixième commandement proscrit l'avidité et le désir d'une appropriation sans mesure des biens terrestres; il défend la cupidité déréglée née de la passion immodérée des richesses et de leur puissance. Il interdit encore le désir de commettre une injustice par laquelle on nuirait au prochain dans ses biens temporels:

Quand la Loi nous dit: «Vous ne convoiterez point», elle nous dit, en d'autres termes, d'éloigner nos désirs de tout ce qui ne nous appartient pas. Car la soif du bien du prochain est immense, infinie et jamais rassasiée, ainsi qu'il est écrit: «L'avare ne sera jamais rassasié d'argent» (Si 5, 9) (Catech. R. 3, 37).

§2537
Ce n'est pas violer ce commandement que de désirer obtenir des choses qui appartiennent au prochain, pourvu que ce soit par de justes moyens. La catéchèse traditionnelle indique avec réalisme «ceux qui ont le plus à lutter contre leurs convoitises criminelles» et qu'il faut donc «le plus exhorter à observer ce précepte «:

Ce sont ... les marchands qui désirent la disette ou la cherté des marchandises, qui voient avec chagrin qu'ils ne sont pas les seuls pour acheter et pour vendre, ce qui leur permettrait de vendre plus cher et d'acheter à plus bas prix; ceux qui souhaitent que leurs semblables soient dans la misère, afin de réaliser du profit, soit en leur vendant, soit en leur achetant ... Les médecins qui désirent des malades; les hommes de loi qui réclament des causes et des procès importants et nombreux ... (Catech. R. 3, 37).

§2538
Le dixième commandement exige de bannir l'envie du coeur humain. Lorsque le prophète Nathan voulut stimuler le repentir du roi David, il lui conta l'histoire du pauvre qui ne possédait qu'une brebis, traitée comme sa propre fille, et du riche qui, malgré la multitude de ses troupeaux, enviait le premier et finit par lui voler sa brebis (cf. 2 S 12, 1.4). L'envie peut conduire aux pires méfaits (cf. Gn 4, 3-7; 1 R 21, 1-29). C'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde (cf. Sg 2, 24-25):

Nous nous combattons mutuellement, et c'est l'envie qui nous arme les uns contre les autres ... Si tous s'acharnent ainsi à ébranler le corps du Christ, où en arriverons-nous? Nous sommes en train d'énerver le corps du Christ ... Nous nous déclarons les membres d'un même organisme et nous nous dévorons comme le feraient des fauves (S. Jean Chrysostome, hom. in 2 Cor. 28, 3-4: PL 61, 594-595).

§2539
L'envie est un vice capital. Elle désigne la tristesse éprouvée devant le bien d'autrui et le désir immodéré de se l'approprier, fût-ce indûment. Quand elle souhaite un mal grave au prochain, elle est un péché mortel:

Saint Augustin voyait dans l'envie «le péché diabolique par excellence» (catech. 4, 8). «De l'envie naissent la haine, la médisance, la calomnie, la joie causée par le malheur du prochain et le déplaisir causé par sa prospérité» (S. Grégoire le Grand, mor. 31, 45: PL 76, 621).

§2540
L'envie représente une des formes de la tristesse et donc un refus de la charité; le baptisé luttera contre elle par la bienveillance. L'envie vient souvent de l'orgueil; le baptisé s'entraînera à vivre dans l'humilité:

C'est par vous que vous voudriez voir Dieu glorifié? Eh bien, réjouissez-vous des progrès de votre frère, et, du coup, c'est par vous que Dieu sera glorifié. Dieu sera loué, dira-t-on, de ce que son serviteur a su vaincre l'envie en mettant sa joie dans les mérites des autres (S. Jean Chrysostome, hom. in Rom. 7, 3: PG 60, 445).

II. Les désirs de l'Esprit

§2541
L'économie de la Loi et de la Grâce détourne le coeur des hommes de la cupidité et de l'envie: elle l'initie au désir du Souverain Bien; elle l'instruit des désirs de l'Esprit Saint qui rassasie le coeur de l'homme.

Le Dieu des promesses a depuis toujours mis l'homme en garde contre la séduction de ce qui, depuis les origines, apparaît «bon à manger, agréable aux yeux, plaisant à contempler» (Gn 3, 6).

§2542
La Loi confiée à Israël n'a jamais suffi à justifier ceux qui lui étaient soumis; elle est même devenue l'instrument de la «convoitise» (cf. Rm 7, 7). L'inadéquation entre le vouloir et le faire (cf. Rm 7, 10) indique le conflit entre la loi de Dieu qui est la «loi de la raison» et une autre loi «qui m'enchaîne à la loi du péché qui est dans mes membres» (Rm 7, 23).

§2543
«Maintenant, sans la Loi, la justice de Dieu s'est manifestée, attestée par la Loi et les prophètes, justice de Dieu par la foi en Jésus Christ à l'adresse de tous ceux qui croient» (Rm 3, 21-22). Dès lors les fidèles du Christ «ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises» (Ga 5, 24); ils sont conduits par l'Esprit (cf. Rm 8, 14) et suivent les désirs de l'Esprit (cf. Rm 8, 27).

III. La pauvreté de coeur

§2544
Jésus enjoint à ses disciples de le préférer à tout et à tous et leur propose de donner «congé à tous leurs biens» (Lc 14, 33) à cause de Lui et de l'Evangile (cf. Mc 8, 35). Peu avant sa passion il leur a donné en exemple la pauvre veuve de Jérusalem qui, de son indigence, a donné tout ce qu'elle avait pour vivre (cf. Lc 21, 4). Le précepte du détachement des richesses est obligatoire pour entrer dans le Royaume des cieux.

§2545
Tous les fidèles du Christ ont «à régler comme il faut leurs affections pour que l'usage des choses du monde et un attachement aux richesses contraire à l'esprit de pauvreté évangélique ne les détourne pas de poursuivre la perfection de la charité» (LG 42).

§2546
«Bienheureux les pauvres en esprit» (Mt 5, 3). Les béatitudes révèlent un ordre de félicité et de grâce, de beauté et de paix. Jésus célèbre la joie des pauvres, à qui est déjà le Royaume (cf. Lc 6, 20):

Le Verbe appelle 'pauvreté dans l'esprit' l'humilité volontaire d'un esprit humain et son renoncement; et l'Apôtre nous donne en exemple la pauvreté de Dieu quand il dit: 'Il s'est fait pauvre pour nous' (2 Co 8, 9) (S. Grégoire de Nysse, beat. 1: PG 44, 1200D).

§2547
Le Seigneur se lamente sur les riches, parce qu'ils trouvent dans la profusion des biens leur consolation (Lc 6, 24). «L'orgueilleux cherche la puissance terrestre, tandis que le pauvre en esprit recherche le Royaume des Cieux» (S. Augustin, serm. Dom. 1, 1, 3: PL 34, 1232).L'abandon à la Providence du Père du Ciel libère de l'inquiétude du lendemain (cf. Mt 6, 25-34). La confiance en Dieu dispose à la béatitude des pauvres. Ils verront Dieu.

IV. «Je veux voir Dieu»

§2548
Le désir du bonheur véritable dégage l'homme de l'attachement immodéré aux biens de ce monde, pour s'accomplir dans la vision et la béatitude de Dieu. «La promesse de voir Dieu dépasse toute béatitude. Dans l'Écriture, voir c'est posséder. Celui qui voit Dieu a obtenu tous les biens que l'on peut concevoir» (S. Grégoire de Nysse, beat. 6: PG 44, 1265A).

§2549
Il reste au peuple saint à lutter, avec la grâce d'en haut, pour obtenir les biens que Dieu promet. Pour posséder et contempler Dieu, les fidèles du Christ mortifient leur convoitises et ils l'emportent, avec la grâce de Dieu, sur les séductions de la jouissance et de la puissance.

§2550
Sur ce chemin de la perfection, l'Esprit et l'Épouse appellent qui les entend (cf. Ap 22, 17) à la communion parfaite avec Dieu:

Là sera la véritable gloire; personne n'y sera loué par erreur ou par flatterie; les vrais honneurs ne seront ni refusés à ceux qui les méritent, ni accordés aux indignes; d'ailleurs nul indigne n'y prétendra, là où ne seront admis que ceux qui sont dignes. Là régnera la véritable paix où nul n'éprouvera d'opposition ni de soi-même ni des autres. De la vertu, Dieu lui-même sera la récompense, lui qui a donné la vertu et s'est promis lui-même à elle comme la récompense la meilleure et la plus grande qui puisse exister: «Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple» (Lv 26, 12) ... C'est aussi le sens des mots de l'apôtre: «Pour que Dieu soit tout en tous»(1 Co15, 12). Il sera lui-même la fin de nos désirs, lui que nous contemplerons sans fin, aimerons sans satiété, louerons sans lassitude. Et ce don, cette affection, cette occupation seront assurément, comme la vie éternelle, communs à tous». (S. Augustin, civ. 22, 30).

EN BREF

§2551
«Là où est ton trésor, là sera ton coeur» (Mt 6, 21).

§2552
Le dixième commandement défend la cupidité déréglée, née de la passion immodérée des richesses et de leur puissance.

§2553
L'envie est la tristesse éprouvée devant le bien d'autrui et le désir immodéré de se l'approprier. Elle est un vice capital.

§2554
Le baptisé combat l'envie par la bienveillance, l'humilité et l'abandon à la providence de Dieu.

§2555
Les fidèles du Christ «ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises» (Ga 5, 24); ils sont conduits par l'Esprit et suivent ses désirs.

§2556
Le détachement des richesses est nécessaire pour entrer dans le Royaume des Cieux. «Bienheureux les pauvres de coeur».

§2557
L'homme de désir dit: «Je veux voir Dieu». La soif de Dieu est étanchée par l'eau de la vie éternelle (cf. Jn 4, 14).



4) LA PRIÈRE CHRÉTIENNE

4.1) Première section: La prière dans la vie chrétienne

§2558
«Il est grand le Mystère de la foi». L'Église le professe dans le Symbole des Apôtres (Première Partie) et elle le célèbre dans la Liturgie sacramentelle (Deuxième Partie), afin que la vie des fidèles soit conformée au Christ dans l'Esprit Saint à la gloire de Dieu le Père (Troisième Partie). Ce Mystère exige donc que les fidèles y croient, le célèbrent et en vivent dans une relation vivante et personnelle avec le Dieu vivant et vrai. Cette relation est la prière.

Qu'est-ce que la prière?

Pour moi, la prière c'est un élan du coeur, c'est un simple regard jeté vers le ciel, c'est un cri de reconnaissance et d'amour au sein de l'épreuve comme au sein de la joie (Ste. Thérèse de l'Enfant-Jésus, ms. autob. C 25r).

La prière comme don de Dieu

§2559
«La prière est l'élévation de l'âme vers Dieu ou la demande à Dieu des biens convenables» (S. Jean Damascène, f. o. 3, 24: PG 94, 1089D). D'où parlons-nous en priant? De la hauteur de notre orgueil et de notre volonté propre, ou des «profondeurs» (Ps 130, 14) d'un coeur humble et contrit? C'est celui qui s'abaisse qui est élevé (cf. Lc 18, 9-14). L'humilité est le fondement de la prière. «Nous ne savons que demander pour prier comme il faut» (Rm 8, 26). L'humilité est la disposition pour recevoir gratuitement le don de la prière: L'homme est un mendiant de Dieu (cf. S. Augustin, serm. 56, 6, 9: PL 38, 381).

§2560
«Si tu savais le don de Dieu!» (Jn 4, 10). La merveille de la prière se révèle justement là, au bord des puits où nous venons chercher notre eau: là, le Christ vient à la rencontre de tout être humain, il est le premier à nous chercher et c'est lui qui demande à boire. Jésus a soif, sa demande vient des profondeurs de Dieu qui nous désire. La prière, que nous le sachions ou non, est la rencontre de la soif de Dieu et de la nôtre. Dieu a soif que nous ayons soif de Lui (cf. S. Augustin, quaest. 64, 4: PL 40, 56).

§2561
«C'est toi qui l'en aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive» (Jn 4, 10). Notre prière de demande est paradoxalement une réponse. Réponse à la plainte du Dieu vivant: «Ils m'ont abandonné, moi la Source d'eau vive, pour se creuser des citernes lézardées!» (Jr 2, 13), réponse de foi à la promesse gratuite du salut (cf. Jn 7, 37-39; Is 12, 3; 51, 1), réponse d'amour à la soif du Fils unique (cf. Jn 19, 28; Za 12, 10; 13, 1).

La prière comme Alliance

§2562
D'où vient la prière de l'homme? Quel que soit le langage de la prière (gestes et paroles), c'est tout l'homme qui prie. Mais pour désigner le lieu d'où jaillit la prière, les Écritures parlent parfois de l'âme ou de l'esprit, le plus souvent du coeur (plus de mille fois). C'est le coeur qui prie. S'il est loin de Dieu, l'expression de la prière est vaine.

§2563
Le coeur est la demeure où je suis, où j'habite (selon l'expression sémitique ou biblique: où je «descends»). Il est notre centre caché, insaisissable par notre raison et par autrui; seul l'Esprit de Dieu peut le sonder et le connaître. Il est le lieu de la décision, au plus profond de nos tendances psychiques. Il est le lieu de la vérité, là où nous choisissons la vie ou la mort. Il est le lieu de la rencontre, puisque à l'image de Dieu, nous vivons en relation: il est le lieu de l'Alliance.

§2564
La prière chrétienne est une relation d'Alliance entre Dieu et l'homme dans le Christ. Elle est action de Dieu et de l'homme; elle jaillit de l'Esprit Saint et de nous, toute dirigée vers le Père, en union avec la volonté humaine du Fils de Dieu fait homme.

La prière comme Communion

§2565
Dans la nouvelle Alliance, la prière est la relation vivante des enfants de Dieu avec leur Père infiniment bon, avec son Fils Jésus Christ et avec l'Esprit Saint. La grâce du Royaume est «l'union de la Sainte Trinité tout entière avec l'esprit tout entier» (S. Grégoire de Naz., or. 16, 9: PG 35, 954C). La vie de prière est ainsi d'être habituellement en présence du Dieu trois fois Saint et en communion avec Lui. Cette communion de vie est toujours possible parce que, par le Baptême, nous sommes devenus un même être avec le Christ (cf. Rm 6, 5). La prière est chrétienne en tant qu'elle est communion au Christ et se dilate dans l'Église qui est son Corps. Ses dimensions sont celles de l'Amour du Christ (cf. Ep 3, 18-21).

LA REVELATION DE LA PRIERE - L'APPEL UNIVERSEL A LA PRIERE

§2566
L'homme est en quête de Dieu. Par la création Dieu appelle tout être du néant à l'existence. Couronné de gloire et de splendeur (cf. Ps 8, 6), l'homme est, après les anges, capable de reconnaître qu'il est grand le Nom du Seigneur par toute la terre (cf. Ps 8, 2). Même après avoir perdu la ressemblance avec Dieu par son péché, l'homme reste à l'image de son Créateur. Il garde le désir de Celui qui l'appelle à l'existence. Toutes les religions témoignent de cette quête essentielle des hommes (cf. Ac 17, 27).

§2567
Dieu, le premier, appelle l'homme. Que l'homme oublie son Créateur ou se cache loin de sa Face, qu'il coure après ses idoles ou accuse la divinité de l'avoir abandonné, le Dieu vivant et vrai appelle inlassablement chaque personne à la rencontre mystérieuse de la prière. Cette démarche d'amour du Dieu fidèle est toujours première dans la prière, la démarche de l'homme est toujours une réponse. Au fur et à mesure que Dieu se révèle et révèle l'homme à lui-même, la prière apparaît comme un appel réciproque, un drame d'Alliance. A travers des paroles et des actes, ce drame engage le coeur. Il se dévoile à travers toute l'histoire du salut.

DANS L'ANCIEN TESTAMENT

§2568
La révélation de la prière dans l'Ancien Testament s'inscrit entre la chute et le relèvement de l'homme, entre l'appel douloureux de Dieu à ses premiers enfants: «Où es-tu?... Qu'as-tu fait?» (Gn 3, 9. 13) et la réponse du Fils unique entrant dans le monde («Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté «: He 10, 7; cf. 10, 5-7). La prière est ainsi liée à l'histoire des hommes, elle est la relation à Dieu dans les événements de l'histoire.

La création -- source de la prière

§2569
C'est d'abord à partir des réalités de la création que se vit la prière. Les neuf premiers chapitres de la Genèse décrivent cette relation à Dieu comme offrande des premiers-nés du troupeau par Abel (cf. Gn 4, 4), comme invocation du Nom divin par Enosh (cf. Gn 4, 26), comme «marche avec Dieu» (Gn 5, 24). L'offrande de Noé est «agréable» à Dieu qui le bénit, et à travers lui, bénit toute la création (cf. Gn 8, 20 -- 9, 17), parce que son coeur est juste et intègre: lui aussi «marche avec Dieu» (Gn 6, 9). Cette qualité de la prière est vécue par une multitude de justes dans toutes les religions.

Dans son Alliance indéfectible avec les êtres vivants (cf. Gn 9, 8-16), Dieu appelle toujours les hommes à le prier. Mais c'est surtout à partir de notre père Abraham qu'est révélée la prière dans l'Ancien Testament.

La Promesse et la prière de la foi

§2570
Dès que Dieu l'appelle, Abraham part «comme le lui avait dit le Seigneur» (Gn 12, 4): son coeur est tout «soumis à la Parole», il obéit. L'écoute du coeur qui se décide selon Dieu est essentielle à la prière, les paroles lui sont relatives. Mais la prière d'Abraham s'exprime d'abord par des actes: homme de silence, il construit, à chaque étape, un autel au Seigneur. Plus tard seulement apparaît sa première prière en paroles: une plainte voilée qui rappelle à Dieu ses promesses qui ne semblent pas se réaliser (cf. Gn 15, 2-3). Dès le début apparaît ainsi l'un des aspects du drame de la prière: l'épreuve de la foi en la fidélité de Dieu.

§2571
Ayant cru en Dieu (cf. Gn 15, 6), marchant en sa présence et en alliance avec lui (cf. Gn 17, 1-2), le patriarche est prêt à accueillir sous sa tente son Hôte mystérieux: c'est l'admirable hospitalité de Mambré, prélude à l'Annonciation du vrai Fils de la promesse (cf. Gn 18, 1-15; Lc 1, 26-38). Dès lors, Dieu lui ayant confié son Dessein, le coeur d'Abraham est accordé à la compassion de son Seigneur pour les hommes et il ose intercéder pour eux avec une confiance audacieuse (cf. Gn 18, 16-33).

§2572
Ultime purification de sa foi, il est demandé au «dépositaire des promesses» (He 11, 17) de sacrifier le fils que Dieu lui a donné. Sa foi ne faiblit pas: «C'est Dieu qui pourvoira à l'agneau pour l'holocauste» (Gn 22, 8), «car Dieu, pensait-il, est capable même de ressusciter les morts» (He 11, 19). Ainsi le père des croyants est-il conformé à la ressemblance du Père qui n'épargnera pas son propre Fils mais le livrera pour nous tous (cf. Rm 8, 32). La prière restaure l'homme à la ressemblance de Dieu et le fait participer à la puissance de l'amour de Dieu qui sauve la multitude (cf. Rm 4, 16-21).

§2573
Dieu renouvelle sa promesse à Jacob, l'ancêtre des douze tribus d'Israël (cf. Gn 28, 10-22). Avant d'affronter son frère Esaü, il lutte toute une nuit avec «quelqu'un» de mystérieux qui refuse de révéler son nom mais le bénit avant de le quitter à l'aurore. La tradition spirituelle de l'Église a retenu de ce récit le symbole de la prière comme combat de la foi et victoire de la persévérance (cf. Gn 32, 25-31; Lc 18, 1-8).

Moïse et la prière du médiateur

§2574
Lorsque commence à se réaliser la Promesse (la Pâque, l'Exode, le don de la Loi et la conclusion de l'Alliance), la prière de Moïse est la figure saisissante de la prière d'intercession qui s'accomplira dans «l'unique Médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus» (1 Tm 2, 5).

§2575
Ici encore, Dieu vient, le premier. Il appelle Moïse du milieu du Buisson ardent (cf. Ex 3, 1-10). Cet événement restera l'une des figures primordiales de la prière dans la tradition spirituelle juive et chrétienne. En effet, si «le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob» appelle son serviteur Moïse, c'est qu'il est le Dieu Vivant qui veut la vie des hommes. Il se révèle pour les sauver, mais pas tout seul ni malgré eux: il appelle Moïse pour l'envoyer, pour l'associer à sa compassion, à son oeuvre de salut. Il y a comme une imploration divine dans cette mission et Moïse, après un long débat, ajustera sa volonté à celle du Dieu sauveur. Mais dans ce dialogue où Dieu se confie, Moïse apprend aussi à prier: il se dérobe, il objecte, surtout il demande, et c'est en réponse à sa demande que le Seigneur lui confie son Nom indicible qui se révèlera dans ses hauts faits.

§2576
Or, «Dieu parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami» (Ex 33, 11). La prière de Moïse est typique de la prière contemplative grâce à laquelle le serviteur de Dieu est fidèle à sa mission. Moïse «s'entretient» souvent et longuement avec le Seigneur, gravissant la montagne pour l'écouter et l'implorer, descendant vers le peuple pour lui redire les paroles de son Dieu et le guider. «Il est à demeure dans ma maison, je lui parle bouche à bouche, dans l'évidence» (Nb 12, 7-8), car «Moïse était un homme très humble, l'homme le plus humble que la terre ait porté» (Nb 12, 3).

§2577
Dans cette intimité avec le Dieu fidèle, lent à la colère et plein d'amour (cf. Ex 34, 6), Moïse a puisé la force et la ténacité de son intercession. Il ne prie pas pour lui mais pour le peuple que Dieu s'est acquis. Déjà durant le combat avec les Amalécites (cf. Ex 17, 8-13) ou pour obtenir la guérison de Myriam (cf. Nb 12, 13-14), Moïse intercède. Mais c'est surtout après l'apostasie du peuple qu'il «se tient sur la brèche» devant Dieu (Ps 106, 23) pour sauver le peuple (cf. Ex 32, 1 -- 34, 9). Les arguments de sa prière (l'intercession est aussi un combat mystérieux) inspireront l'audace des grands priants du peuple juif comme de l'Église: Dieu est amour, il est donc juste et fidèle; il ne peut se contredire, il doit se souvenir de ses actions merveilleuses, sa Gloire est en jeu, il ne peut abandonner ce peuple qui porte son Nom.

David et la prière du roi

§2578
La prière du peuple de Dieu va s'épanouir à l'ombre de la Demeure de Dieu, l'arche d'Alliance et plus tard le Temple. Ce sont d'abord les guides du peuple -- les pasteurs et les prophètes -- qui lui apprendront à prier. Samuel enfant a dû apprendre de sa mère Anne comment «se tenir devant le Seigneur» (cf. 1 S 1, 9-18) et du prêtre Eli comment écouter Sa Parole: «Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute» (1 S 3, 9-10). Plus tard, lui aussi connaîtra le prix et le poids de l'intercession: «Pour ma part, que je me garde de pécher contre le Seigneur en cessant de prier pour vous et de vous enseigner le bon et droit chemin» (1 S 12, 23).

§2579
David est par excellence le roi «selon le coeur de Dieu», le pasteur qui prie pour son peuple et en son nom, celui dont la soumission à la volonté de Dieu, la louange et le repentir seront le modèle de la prière du peuple. Oint de Dieu, sa prière est adhésion fidèle à la Promesse divine (cf. 2 S 7, 18-29), confiance aimante et joyeuse en Celui qui est le seul Roi et Seigneur. Dans les Psaumes David, inspiré par l'Esprit Saint, est le premier prophète de la prière juive et chrétienne. La prière du Christ, véritable Messie et fils de David, révèlera et accomplira le sens de cette prière.

§2580
Le Temple de Jérusalem, la maison de prière que David voulait construire, sera l'oeuvre de son fils, Salomon. La prière de la Dédicace du Temple (cf. 1 R 8, 10-61) s'appuie sur la Promesse de Dieu et son Alliance, la présence agissante de son Nom parmi son Peuple et le rappel des hauts faits de l'Exode. Le roi élève alors les mains vers le ciel et supplie le Seigneur pour lui, pour tout le peuple, pour les générations à venir, pour le pardon de leurs péchés et leurs besoins de chaque jour, afin que toutes les nations sachent qu'il est le seul Dieu et que le coeur de son peuple soit tout entier à Lui.

Elie, les prophètes et la conversion du coeur

§2581
Le Temple devait être pour le peuple de Dieu le lieu de son éducation à la prière: les pèlerinages, les fêtes, les sacrifices, l'offrande du soir, l'encens, les pains de «proposition», tous ces signes de la Sainteté et de la Gloire du Dieu Très Haut et tout Proche, étaient des appels et des chemins de la prière. Mais le ritualisme entraînait souvent le peuple vers un culte trop extérieur. Il y fallait l'éducation de la foi, la conversion du coeur. Ce fut la mission des prophètes, avant et après l'Exil.

§2582
Elie est le père des prophètes, «de la race de ceux qui cherchent Dieu, qui poursuivent sa Face» (Ps 24, 6). Son nom, «Le Seigneur est mon Dieu», annonce le cri du peuple en réponse à sa prière sur le mont Carmel (cf. 1 R 18, 39). S. Jacques renvoie à lui pour nous inciter à la prière: «La supplication ardente du juste a beaucoup de puissance» (Jc 5, 16b-18).

§2583
Après avoir appris la miséricorde dans sa retraite au torrent de Kérit, il apprend à la veuve de Sarepta la foi en la parole de Dieu, foi qu'il confirme par sa prière instante: Dieu fait revenir à la vie l'enfant de la veuve (cf. 1 R 17, 7-24).

Lors du sacrifice sur le mont Carmel, épreuve décisive pour la foi du peuple de Dieu, c'est à sa supplication que le feu du Seigneur consume l'holocauste, «à l'heure où l'on présente l'offrande du soir «: «Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi!» ce sont les paroles mêmes d'Elie que les liturgies orientales reprennent dans l'épiclèse eucharistique (cf. 1 R 18, 20-39).

Enfin, reprenant le chemin du désert vers le lieu où le Dieu vivant et vrai s'est révélé à son peuple, Elie se blottit, comme Moïse, «au creux du rocher» jusqu'à ce que «passe» la Présence mystérieuse de Dieu (cf. 1 R 19, 1-14; Ex 33, 19-23). Mais c'est seulement sur la montagne de la Transfiguration que se dévoilera Celui dont ils poursuivent la Face (cf. Lc 9, 30-35): la connaissance de la Gloire de Dieu est sur la face du Christ crucifié et ressuscité (cf. 2 Co 4, 6).

§2584
Dans le «seul à seul avec Dieu» les prophètes puisent lumière et force pour leur mission. Leur prière n'est pas une fuite du monde infidèle mais une écoute de la Parole de Dieu, parfois un débat ou une plainte, toujours une intercession qui attend et prépare l'intervention du Dieu sauveur, Seigneur de l'histoire (cf. Am 7, 2. 5; Is 6, 5. 8. 11; Jr 1, 6; 15, 15-18; 20, 7-18).

Les Psaumes, prière de l'Assemblée

§2585
Depuis David jusqu'à la venue du Messie, les Livres saints contiennent des textes de prière qui témoignent de l'approfondissement de la prière, pour soi-même et pour les autres (cf. Esd 9, 6-15; Ne 1, 4-11; Jon 2, 3-10; Tb 3, 11-16; Jdt 9, 2-14). Les psaumes ont été peu à peu rassemblés en un recueil de cinq livres: les Psaumes (ou «Louanges»), chef-d'oeuvre de la prière dans l'Ancien Testament.

§2586
Les Psaumes nourrissent et expriment la prière du peuple de Dieu comme Assemblée, lors des grandes fêtes à Jérusalem et chaque sabbat dans les synagogues. Cette prière est inséparablement personnelle et communautaire; elle concerne ceux qui prient et tous les hommes; elle monte de la Terre sainte et des communautés de la Diaspora mais elle embrasse toute la création; elle rappelle les événements sauveurs du passé et s'étend jusqu'à la consommation de l'histoire; elle fait mémoire des promesses de Dieu déjà réalisées et elle attend le Messie qui les accomplira définitivement. Priés et accomplis dans le Christ, les Psaumes demeurent essentiels à la prière de Son Église (cf. IGLH 100-109).

§2587
Le Psautier est le livre où la Parole de Dieu devient prière de l'homme. Dans les autres livres de l'Ancien Testament «les paroles proclament les oeuvres» (de Dieu pour les hommes) «et font découvrir le mystère qui s'y trouve contenu» (DV 2). Dans le Psautier, les paroles du psalmiste expriment, en les chantant pour Dieu, Ses oeuvres de salut. Le même Esprit inspire l'oeuvre de Dieu et la réponse de l'homme. Le Christ unira l'une et l'autre. En Lui, les psaumes ne cessent de nous apprendre à prier.

§2588
Les expressions multiformes de la prière des Psaumes prennent forme à la fois dans la liturgie du temple et dans le coeur de l'homme. Qu'il s'agisse d'hymne, de prière de détresse ou d'action de grâce, de supplication individuelle ou communautaire, de chant royal ou de pèlerinage, de méditation sapientielle, les psaumes sont le miroir des merveilles de Dieu dans l'histoire de son peuple et des situations humaines vécues par le psalmiste. Un psaume peut refléter un événement du passé, mais il est d'une sobriété telle qu'il peut être prié en vérité par les hommes de toute condition et de tout temps.

§2589
Des traits constants traversent les Psaumes: la simplicité et la spontanéité de la prière, le désir de Dieu lui-même à travers et avec tout ce qui est bon dans sa création, la situation inconfortable du croyant qui, dans son amour de préférence pour le Seigneur, est en butte à une foule d'ennemis et de tentations, et, dans l'attente de ce que fera le Dieu fidèle, la certitude de son amour et la remise à sa volonté. La prière des psaumes est toujours portée par la louange et c'est pourquoi le titre de ce recueil convient bien à ce qu'il nous livre: «Les Louanges». Recueilli pour le culte de l'Assemblée, il fait entendre l'appel à la prière et en chante la réponse: «Hallelou-Ya «! (Alleluia), «Louez le Seigneur «!

Qu'y a-t-il de meilleur qu'un psaume? C'est pourquoi David dit très bien: «Louez le Seigneur, car le Psaume est une bonne chose: à notre Dieu, louange douce et belle!» Et c'est vrai. Car le psaume est bénédiction prononcée par le peuple, louange de Dieu par l'assemblée, applaudissement par tous, parole dite par l'univers, voix de l'Église, mélodieuse profession de foi... (S. Ambroise, Psal. 1, 9: PL 14, 924).

EN BREF

§2590
«La prière est l'élévation de l'âme vers Dieu ou la demande à Dieu des biens convenables» (S. Jean Damascène, f. o. 3, 24 : PG 94, 1089D).

§2591
Dieu appelle inlassablement chaque personne à la rencontre mystérieuse avec Lui. La prière accompagne toute l'histoire du salut comme un appel réciproque entre Dieu et l'homme.

§2592
La prière d'Abraham et de Jacob se présente comme un combat de la foi dans la confiance en la fidélité de Dieu et dans la certitude de la victoire promise à la persévérance.

§2593
La prière de Moïse répond à l'initiative du Dieu vivant pour le salut de son peuple. Elle préfigure la prière d'intercession de l'unique médiateur, le Christ Jésus.

§2594
La prière du peuple de Dieu s'épanouit à l'ombre de la Demeure de Dieu, l'arche d'alliance et le Temple, sous la conduite des pasteurs, le roi David notamment, et des prophètes.

§2595
Les prophètes appellent à la conversion du coeur et, tout en recherchant ardemment la face de Dieu, tel Elie, ils intercèdent pour le peuple.

§2596
Les psaumes constituent le chef d'oeuvre de la prière dans l'Ancien Testament. Ils présentent deux composantes inséparables: personnelle et communautaire. Ils s'étendent à toutes les dimensions de l'histoire, commémorant les promesses de Dieu déjà accomplies et espérant la venue du Messie.

§2597
Priés et accomplis dans le Christ, les Psaumes sont un élément essentiel et permanent de la prière de son Église. Ils sont adaptés aux hommes de toute condition et de tout temps.

DANS LA PLENITUDE DU TEMPS

§2598
Le drame de la prière nous est pleinement révélé dans le Verbe qui s'est fait chair et qui demeure parmi nous. Chercher à comprendre sa prière, à travers ce que ses témoins nous en annoncent dans l'Evangile, c'est nous approcher du Saint Seigneur Jésus comme du Buisson ardent: d'abord le contempler lui-même en prière, puis écouter comment il nous enseigne à prier, pour connaître enfin comment il exauce notre prière.

Jésus prie

§2599
Le Fils de Dieu devenu Fils de la Vierge a appris à prier selon son coeur d'homme. Il a appris les formules de prière de sa mère, qui conservait et méditait dans son coeur toutes les «grandes choses faites par le Tout-Puissant» (cf. Lc 1, 49; 2, 19; 2, 51). Il l'apprend dans les mots et les rythmes de la prière de son peuple, à la synagogue de Nazareth et au Temple. Mais sa prière jaillit d'une source autrement secrète, comme il le laisse pressentir à l'âge de douze ans: «Je Me dois aux affaires de mon Père» (Lc 2, 49). Ici commence à se révéler la nouveauté de la prière dans la plénitude des temps: la prière filiale, que le Père attendait de ses enfants, va enfin être vécue par le Fils unique Lui-même dans son Humanité, avec et pour les hommes.

Catéchisme de l'Église catholique © Libreria Editrice Vaticana 1992.

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