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Les Principes de solidarité et de subsidiarité

John William Waterhouse. La boule de cristal.
J'aimerais bien avoir une boule de cristal pour trouver
le juste milieu entre la subsidiarité et la solidarité!
(John William Waterhouse. La boule de cristal. Source)

1) Introduction

Qu'est-ce que le Principe de solidarité, et qu'est-ce que le Principe de subsidiarité? Voici ma meilleure tentative d'expliquer ce que j'ai compris dans le CoDoSo.

Au pif, on pourrait dire que ce sont: «Deux principes complémentaires qui doivent être respectés pour avoir un bon gouvernement». J'imagine qu'on pourrait aussi les nommer le «Principe de centralisation appropriée» («solidarité»), et le «Principe de centralisation appropriée» («subsidiarité»).

2) Deux directions dans lesquelles l'autorité peut être répartie

Pour les fins de la discussion, supposons qu'une «société» est quelque chose avec une forme d'intelligence et de libre-arbitre. Ceci inclut les citoyens ordinaires, mais aussi tout groupe organisé de personnes, comme les familles, les syndicats, les corporations, les municipalités, les provinces, les pays, etc., en remontant jusqu'à l'humanité toute entière.

Si ces sociétés n'avaient pas de relations les unes avec les autres, nous n'aurions pas besoin des Principes de solidarité et de subsidiarité. Mais elles en ont, puisque d'une certaine manière, l'humanité est une hiérarchie complexe de «sociétés» telles qu'on vient de les définir.

Puisque les sociétés peuvent soient régler un problème par elles-mêmes, ou laisser une autre société le régler, nous avons deux «directions» dans lesquelles l'autorité peut être répartie. Si l'autorité est correctement «poussée en bas» vers les sociétés «inférieures», c'est le Principe de subsidiarité, et si l'autorité est correctement «poussée en haut» à une société «supérieure», c'est le Principe de solidarité.

3) Quelques exemples de ces principes

Subsidiarité:

- les parents laissent leur enfant choisir les vêtements qu'il va porter;
- une municipalité laisse les propriétaires de maison décider s'ils vont se chauffer à l'électricité ou au gaz;
- une province laisse ses commissions scolaires choisir quels professeurs vont enseigner dans quelles écoles;
- un pays laisse une province décider quelles seront les limites de vitesse sur ses routes;
- etc...

Solidarité:

- un père décide où sa jeune famille va passer ses vacances (même si ce ne sont pas tous les enfants qui sont d'accord avec la destination);
- une municipalité décide du nom d'une nouvelle rue (même si certains propriétaires n'aiment pas ce nom);
- une corporation professionnelle décide quelle cotisation chaque avocat doit payer pour pratiquer le droit;
- un pays décide combien d'argent sera dépensé sur les soins de santé (même si certains citoyens pensent qu'on devrait dépenser plus d'argent sur les éoliennes);
- etc...

4) Quand devrions-nous appliquer le principe de solidarité?

J'imagine qu'on pourrait commencer avec: «Ce qui nous aide à atteindre le Bien commun, parce que c'est dans la nature de cette société spécifique d'avoir telle responsabilité».

Voici quelques situations où le Principe de solidarité aurait tendance à être requis:

4.1) Lorsqu'un groupe de «sociétés inférieures» doit agir de manière coordonnée. Par exemple, 10 familles ont besoin d'une école, mais aucune d'entre elles n'a assez d'argent pour la bâtir, et elles veulent toutes que l'école soit dans leur cour arrière. Une «société supérieure» doit ramasser de l'argent de toutes ces familles, acheter un terrain, construire une école et l'administrer. Cela pourrait être une association fondée par ces 10 familles, mais cela doit être «au-dessus» de ces familles, et quelque chose «d'un», qui n'est pas aussi divisé que ces familles.

4.2) Lorsqu'un groupe de «sociétés inférieures» tente de s'entre-tuer. Si vous lisez l'histoire, il y a des périodes où l'Italie et l'Allemagne étaient des mosaïques de petits royaumes continuellement en guerre les uns contre les autres. De la même manière, votre ville (on l'espère) a un seul corps de police, responsable du maintien de l'ordre. Pourquoi un seul corps de police? Eh bien, essayez de vous en passer! Lorsque chaque citoyen doit être sa propre police, le chaos s'ensuit normalement.

4.3) Lorsqu'une «société inférieure» mal élevée peut ruiner les efforts de toutes les autres. Supposons qu'il y a 10 raffineries de pétrole dans un pays, et que 9 d'entre elles décident d'investir pour diminuer la pollution. Ceci signifie que leurs prix vont augmenter. Si une raffinerie décide de simplement polluer l'atmosphère tout en gardant ses prix bas, elle sera capable de faire faire faillite aux 9 autres raffineries, tout en détruisant la santé de tout le monde. Si une «société supérieure» a l'autorité de punir les raffineries qui ne respectent pas les règlements, elles devront toutes diminuer la pollution et augmenter leurs prix, ainsi aucune d'entre elles ne sera perdante (et nous respirerons tous de l'air plus propre!).

Le même argument vaut pour les conflits entre les États. Supposons, par exemple, que deux pays souverains sont traversés par le même fleuve. Si le «pays en amont» déversait des produits toxiques dans ce fleuve, juste avant la frontière avec le «pays en aval», et disait: «Ce que nous faisons dans notre pays n'est pas de vos oignons», ce pays en amont agirait mal. Le pays en aval serait justifié de se plaindre à une autorité humaine supérieure, et cette autorité humaine supérieure devrait avoir les moyens nécessaires pour forcer le pays en amont d'arrêter de polluer (même si la pollution se produisait à l'intérieur des frontières souveraines du pays en amont).

Etc...

5) Quand devrions-nous appliquer le principe de subsidiarité?

Voici maintenant quelques situations où le Principe de subsidiarité aurait tendance à être requis:

5.1) Lorsqu'une «société inférieure» est mieux placée pour prendre de bonnes décisions. Normalement, un gouvernement situé au Groenland ne pourra pas facilement comprendre les problèmes auxquels doivent faire face ses citoyens qui vivent dans le désert du Sahara. De la même manière, un gros Syndicat de fermiers ne saura probablement pas quel champ est le meilleur pour faire pousser du maïs, et lequel est le meilleur pour faire paître les vaches, sur la ferme de Monsieur Jourdain.

5.2) Lorsque la «société inférieure» serait «infantilisée» ou opprimée si la «société supérieure» décidait à sa place. Pour des exemples d'oppression, n'importe quelle tyrannie fera l'affaire. Pour des exemples d'infantilisation, n'importe quel État-Providence fera l'affaire.

5.3) Lorsqu'une situation très complexe exige de l'initiative et de la souplesse. Je ne suis pas économiste, mais un exemple de manque de subsidiarité pourrait être la planification économique excessivement centralisée de l'Union soviétique.

5.4) Lorsque une certaine redondance permet de rendre un système plus robuste. Le cauchemar de tout ingénieur est un «point unique de défaillance». C'est pourquoi les ingénieurs en aéronautique vont prévoir deux et même trois systèmes hydrauliques indépendants pour faire bouger les ailerons, le gouvernail de direction et le gouvernail de profondeur sur un avion gros porteur. Dans une société humaine, c'est un peu la même chose. Il est souvent préférable de ne pas donner tous les pouvoirs à une seule «société supérieure». Cela explique la division entre les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, par exemple.

5.5) Pour éviter de surcharger l'autorité supérieure. Pour que le principe de solidarité puisse fonctionner, il faut que l'autorité supérieure ne soit pas embourbée! Laisser les autorités inférieures traiter les cas faciles (subsidiarité) laisse le temps et l'énergie à l'autorité supérieure pour qu'elle puisse traiter les cas plus difficiles et importantes (solidarité). Voir aussi [Ex 18:13-22].

Etc...

6) Conclusion

Le bon gouvernement exige un équilibre approprié entre la subsidiarité et la solidarité. J'aimerais bien avoir une boule de cristal pour savoir où se trouve ce juste milieu!

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