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Comment changer le monde

Bartolomé Esteban Murillo. Le retour de l'enfant prodigue.
(Bartolomé Esteban Murillo. Le retour de l'enfant prodigue. [Source])

La plupart des gens de bonne volonté dans le monde veulent «faire une différence», comme on le dit couramment. Ils veulent laisser le monde dans un meilleur état, après y avoir passé. Certaines personnes semblent capables de le faire tout bonnement durant leur vie (au moins du point de vue des spectateurs). D'autres deviennent découragés et cyniques. Mais les catholiques ont une manière très simple et très commode (quoique pas toujours facile) de changer le monde, et c'est en allant à la confesse.

Oui, j'en ai eu pas mal à dire à propos de la Confession dans mes articles récents, et je m'attends à en avoir encore pas mal à dire. C'est un des deux Sacrements les plus accessibles parmi les sept, et tragiquement, un des plus négligés. Nous ne pouvons pas «sauver» le monde, Jésus l'a déjà fait - que Son nom soit béni! - mais on peut aider à emmener une plus grande partie du monde dans la sécurité, la guérison et la joie de ce salut; en commençant avec nous-mêmes.

C'est parce que nous formons un partie du mystère du Corps mystique du Christ, et dans ce Corps il y a une mystérieuse solidarité. Nous savons que faire un massage à une partie du corps peut avoir des résultats bénéfiques sur un organe dans une partie complètement différente de ce corps. Ainsi, dans l'économie mystérieuse de Dieu, tout bon geste, aussi petit soit-il, fait du bien au Corps du Christ, d'une manière qu'on ne saura qu'au Ciel. Même un petit acte de mortification fait dans la Foi pourra aider quelqu'un de l'autre côté du monde.

De même, c'est bien fondé en théologie catholique de dire que tout péché, aussi petit ou privé soit-il, fait du tort au Corps du Christ. C'est une des raisons pour lesquelles on va se confesser à un prêtre dont l'absolution pardonne non seulement au nom de Dieu, mais aussi au nom de toute l'Église, à qui nous avons fait du mal avec notre péché. Un péché «privé» ou «sans victime» n'existe pas. Nous sommes, bien sûr, les victimes de nos propres péchés, ainsi que la personne ou les personnes contre lesquelles nous avons péché directement, mais le monde entier et l'Église sont aussi des victimes. Et l'Église est le Corps du Christ, et bien sûr le Christ est l'Agneau de Dieu innocent qui a souffert pour chacun de nos péchés.

Tous ces dommages! Que c'est déprimant!

Mais il y a la guérison et la rédemption, à laquelle on accède le plus directement dans le confessionnal. De temps en temps, on pourra ressentir la grâce de la vraie contrition et de la tristesse pour nos péchés, lorsqu'on voit, pour ainsi dire, l'étendue des dommages qu'on a causés. C'est comme si notre coeur avait été ouvert (transpercé d'une lance?). Nous ressentons une si profonde honte que, sans la grâce, elle pourrait nous mener au désespoir.

Ceci est particulièrement vrai lorsqu'on a blessé quelqu'un qu'on aime, par exemple en commettant l'adultère, et qu'on revient ensuite à la raison. Mais avec la grâce vient aussi l'espoir, qui peut-être n'enlèvera pas la douleur de la vraie culpabilité et de la honte, mais viendra contrecarrer le désespoir. C'est quand on sent qu'on ne mérite pas le pardon qu'on en a le plus besoin. On désire la miséricorde, pas la justice, parce qu'on est confronté avec l'horreur de notre péché, et avec ce que la justice serait.

G.K. Chesterton a dit: «L'homme qui tue un homme, tue un homme. L'homme qui se tue, tue tous les hommes; en ce qui le concerne, il élimine le monde.» (Voir Chesterton; Orthodoxie.) Peut-être que, d'une certaine manière, on pourrait dire que d'aller se confesser, c'est le contraire de se suicider: C'est la victoire de l'espoir sur le désespoir, lorsqu'on est désespéré; c'est mourir au péché une fois de plus, et renaître comme à notre Baptême en étant plongé dans le Sang du Christ.

Comme je l'ai déjà rappelé, un vieux Jésuite m'a déjà dit: «Lorsqu'on va à la confesse, notre âme est plongée dans le Sang du Christ». Imaginez nos coeurs secs, fissurés, blessés, desséchés qui sont plongés dans le fluide même du salut, le Précieux Sang du Christ, recouvrant les plaies séchées, lavant la saleté et les débris de nos péchés.

Lorsque ceci se produit, une petite partie du monde, votre coeur, est guérie, et cette guérison profite au Corps entier et lui fait du bien.

Imaginez ce qui se produirait si tous les gens dans le monde allaient régulièrement se confesser! Imaginez les rancunes qu'on laisserait tomber en remerciement pour le soulagement et la joie du pardon. Les guerres cesseraient. Les affamés seraient nourris, les nus seraient vétus. Maintenant, imaginez ce qui se passerait si tous les catholiques du monde allaient se confesser. Le monde serait transformé. Il serait méconnaissable!

Mais pour que cela se produise, il faut que vous y alliez, pas seulement tous les autres. Imaginez si tout le monde dans votre diocèse allait se confesser régulièrement. Si j'étais Pape, j'exigerais que chaque évêque dans le monde passe au moins trois heures par semaine à entendre des confessions. Il pourrait le faire en même temps qu'il va administrer la Confirmation dans les paroisses. (Bien sûr, il se ferait raconter les plaintes de tous concernant l'Église, mais il pourrait gentiment rappeler aux gens qu'il est là pour entendre leur confession, pas la sienne ou celle du curé, par personne interposée!) Il en apprendrait aussi beaucoup sur les vrais besoins de ses ouailles.

Durant les quelques dernières années nous avons vu bien des désastres, autant causés par l'homme (le péché) que des désastres naturels. Lorsque ceci arrive, un grand bourdonnement s'élève chez certains catholiques, qui se demandent si c'est une punition de Dieu, un signe des temps, un châtiment, la fin du monde, etc. Est-ce le cas? Je ne sais pas. Mais si c'était un avertissement - et il n'y a pas de mal à supposer que c'est le cas (tous les désastres devraient porter le message «Memento Mori», souviens-toi de la mort), alors si c'est un avertissement, que devrait être notre réaction? Aller se confesser!

C'est une chose de s'emballer à propos des présumées apparitions de Notre Dame, mais dans celles qui ont été approuvées, quel est le message? Repentez-vous! Venez à Jésus! Obéissez-lui! Certaines personnes s'énervent avec ces choses, juste parce qu'elle semblent être mystiques ou surnaturelles, mais lorsque ces choses se produisent, elles sont toujours au service du pratico-pratique, et une des choses les plus pratiques entre toutes, c'est de vous rendre vous-même au Ciel. J'ai confiance que Notre Dame serait d'accord avec moi. Elle n'est pas en affaires pour monter des spectacles, et organiser des événements; elle vous veut au Ciel. Point à la ligne.

Pour ce qui est des désastres naturels, on sait que lorsque le péché est entré dans le monde, le désordre est entré dans le royaume de la nature, et pour autant que le péché augmente, la nature elle-même réagit. «Nous voyons bien que toute la création gémit et souffre comme pour un enfantement.» [Rm 8:22]

Plusieurs personnes sont fascinées par les scénarios du Jugement dernier et par ce que ces choses signifient, et ces gens pensent qu'ils ne peuvent rien y faire, mais on le peut - vous le pouvez - et cette chose c'est d'aller à la confesse - et de continuer à y aller régulièrement. En ce faisant, on va s'apercevoir qu'on contribue non seulement à changer le monde, mais aussi à le sauver.

Copyright © 2005 John Mallon. Traducteur: SJJ

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