| Accueil >> Sermons perdus

Transsubstantiation, ou Trans-Protestantisation?

Pablo Picasso. Première communion.
(Pablo Picasso. Première communion. Source)

Dimanche dernier (13 juin 2004), durant la Solennité du Saint Sacrement dans la paroisse du Très Saint Sacrement à Québec, tous ont reçu une petite feuille de chant qui contenait cet extrait:

Le Christ glorieux prend la figure du pain et du vin pour manifester sa présence corporelle dans l'Église. Le pain et le vin de l'Eucharistie ne sont plus un pain et un vin ordinaires. Certes leur nature chimique reste celle du pain et du vin, mais, derrière cette nature chimique il faut reconnaître par la foi la vrai et nouvelle réalité substantielle de ce pain et de ce vin: le corps et le sang du Christ. L'Église croit que ce pain et ce vin sont corps et sang du Christ, en ce sens que le Christ glorieux s'en empare pour en faire une figure concrète de sa présence au milieu de nous, un lieu où il peut être trouvé, contemplé, communiqué.
[Thurian, Max. L'essentiel de la foi, mes gras]

Veuillez noter que ni l'homélie de ce jour-là (prononcé par le Père Florent Bourgeault, S.S.S.), ni le «Prions en Église» de ce dimanche, ni le feuillet paroissial, ne contenait des affirmations spécifiques et claires sur ce qu'est la transsubstantiation, selon l'Église catholique.

Pourquoi, le jour même de la Solennité du Saint Sacrement, citer un célèbre inconnu protestant comme seule source doctrinale d'information sur la transsubstantiation? (Thurian a commencé comme protestant, pour ensuite être ordonné prêtre catholique, mais son catholicisme est demeuré au mieux ambigu). Pourquoi pas un théologien célèbre et canonisé comme saint Thomas d'Aquin? Pourquoi pas un des innombrables saints canonisés qui ont parlé de Jésus-Eucharistie, comme le saint Curé d'Ars, ou sainte Catherine de Sienne, ou saint Josémaria Escriva, ou sainte Thérèse de Lisieux? Pourquoi pas un théologien respecté comme Ludwig Ott (Fundamentals of Catholic Dogma, Tan Books, 1992, pp 379-390)? Pourquoi pas le Catéchisme de l'Église catholique? Pourquoi pas les conciles de l'Église, que ce soit celui de Vatican II ou celui de Trente? Pourquoi pas l'encyclique la plus récente du Pape Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, qui traite spécifiquement de ce sujet? Et pourquoi faire l'effort de rendre ces feuillets de chant bizarres disponibles pour tous à l'arrière de l'église, même trois jours après la Solennité du Saint Sacrement? (M'enfin, j'avoue qu'ils n'y sont plus, car je viens juste de les voler après la messe de mercredi).

Comparons rapidement les énoncés vagues et ambigus de Thurian avec la vraie doctrine catholique. Voici ce que notre Église enseigne concernant la transsubstantiation:

1. Si quelqu'un dit que dans le très saint sacrement de l'Eucharistie ne sont pas contenus vraiment, réellement et substantiellement le Corps et le Sang en même temps que l'âme et la divinité de notre Seigneur Jésus Christ et, en conséquence, le Christ tout entier, mais dit qu'ils n'y sont qu'en tant que dans un signe ou en figure ou virtuellement: qu'il soit anathème [c'est-à-dire que l'énoncé précédent est déclaré hérétique].

2. Si quelqu'un dit que, dans le saint sacrement de l'Eucharistie, la substance du pain et du vin demeure avec le Corps et le Sang de notre Seigneur Jésus Christ, et s'il nie ce changement admirable et unique de toute la substance du pain en son Corps et de toute la substance du vin en son Sang [...], changement que l'Église catholique appelle d'une manière très appropriée transsubstantiation: qu'il soit anathème.
[Concile de Trente, dans Denzinger, #1651-1652]

Comparez ceci avec la citation de Max Thurian. Souvenez-vous que pour les corps inanimés (comme une roche, ou de l'eau, ou du pain et du vin), la substance de ce corps est ce qui possède une nature chimique. De l'eau, c'est de l'eau, et sa nature chimique est composée de deux atomes d'hydrogène pour chaque atome d'oxygène, H2O. Si la nature chimique de l'eau est transformée en nature chimique de l'eau, rien n'a changé essentiellement ou substantiellement! C'est encore de la bonne vieille eau! C'est la même chose pour le pain ou le vin.

Si la citation fournie est exacte et représentative, alors il semble que Thurian nie la transsubstantiation, et prétend que la présence du Christ n'est qu'une «figure», pas la réalité. Au pire, c'est une hérésie manifeste, et une des pires qu'on puisse trouver. Au mieux, c'est un énoncé gravement ambigu et téméraire.

L'Église catholique protège et transmet fidèlement la foi pure et intègre des Apôtres, qui eux-mêmes l'ont reçue du Christ. L'Église catholique a toujours enseigné, enseigne, et enseignera toujours que après la consécration, ce qui est dans les mains du prêtre n'est plus du pain ou du vin, mais bien Dieu Tout-Puissant, Jésus-Christ, deuxième personne de la Trinité, Vrai Homme et Vrai Dieu, co-éternel et co-substantiel avec le Père et le Saint-Esprit.

Jésus-Christ n'est pas présent dans l'Eucharistie comme un symbole ou une figure. Il est réellement, vraiment, substantiellement présent. Vous devez l'adorer, car il est le Seigneur. Vous pouvez Lui parler, Le remercier, Le louanger, Le supplier. Il est vraiment présent, vous entend et vous aime. Lorsque vous allez communier (en état de grâce, bien sûr!), vous n'allez pas chercher du pain et du vin, mais Jésus-Christ, sous les apparences du pain et du vin. Ce qu'on appelle les accidents du pain et du vin demeurent (tout ce qu'on peut percevoir par nos sens et nos instruments scientifiques), mais la substance a totalement changé. Si vous ne pouvez pas comprendre ça, ne vous inquiétez pas. C'est un mystère et un miracle, produit par la Toute-Puissance de Dieu.

Ne laissez pas la sotte invocation de Thurian «trans-Protestantiser» votre Foi catholique en une stupide hérésie!

| Accueil >> Sermons perdus