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Qu'est-ce que la démocratie? Un premier débroussaillage

Joseph Désiré Court. Mirabeau et Monsieur de Dreux-Breze à l'Assemblée des députés.
(Joseph Désiré Court. Mirabeau et Monsieur de Dreux-Breze à l'Assemblée des députés. Source)

1) Introduction

La «démocratie» doit bien être une des idées les plus populaires et vénérées de nos jours. Mais que signifie le mot «démocratie»? Plusieurs personnes qui devraient en savoir plus que moi, répandent au contraire de la confusion à propos de la nature de la démocratie. Alors voici ma meilleure tentative pour faire un premier débroussaillage. Je vais essayer de vous mettre en garde au sujet de trois difficultés, lorsqu'on tente de définir le mot «démocratie», ainsi que trois erreurs fréquentes dans les gouvernements réels.

Commençons avec les trois difficultés. Si nous voulons avoir des discussions intelligentes à propos de la démocratie, on doit définir le mot «démocratie». Mais avant de chercher la définition de «démocratie», nous devons comprendre un peu comment fonctionnent les définitions. Il y a au moins trois difficultés reliées aux définitions: une qui a rapport à la volonté, une reliée à la raison, et une reliée à la réalité qu'on étudie.

2) Le Péché originel et le dictionnaire

Dans notre quête pour une définition de la «démocratie», nous devons nous rappeler que les volontés humaines tendent souvent vers le mal. En d'autres mots, le Péché originel cause de mauvaises utilisations du dictionnaire. Par exemple, un vendeur va coller une étiquette «Grande qualité!» sur un produit, même si le produit est de mauvaise qualité. Ou une compagnie pharmaceutique va écrire «Parfaitement sécuritaire!» sur une bouteille de pilules, même si le bon mot dans le dictionnaire est «imparfaitement», etc.

Si un mot est associé avec des émotions chaudes et douces, certaines mauvaises personnes vont essayer d'utiliser ce mot pour tromper les autres. Ceci s'applique bien sûr à un des mots les plus «chauds et doux» de nos jours: la démocratie. Plusieurs politiciens corrompus collent l'étiquette «démocratie» sur des choses qui ne sont pas du tout démocratiques. Alors bien sûr, il ne faut pas chercher une définition de démocratie qui s'adapte à ces cas de manipulation verbale!

3) Mot - Concept - Chose

La deuxième difficulté pour trouver de bonnes définitions est que notre raison n'utilise pas les mots pour signifier les choses. Notre raison utilise les mots pour signifier les concepts, qui à leur tour signifient les choses.

Navette spatiale

Prenons un exemple. Supposons que vous trouviez un homme des cavernes congelé dans la glace, et que vous réussissiez à le décongeler et à le réanimer. Si vous l'amenez au Cape Canaveral, que vous pointez du doigt une navette spatiale décollant vers l'espace, et que vous lui répétez plusieurs fois: «Navette spatiale!», vous allez produire une association dans sa tête entre les mots «navette spatiale», et la vraie navette spatiale, grâce à un concept. Si on pouvait ouvrir la tête de l'homme des cavernes, et examiner le contenu précis de son concept de navette spatiale, on trouverait peut-être: «Gros oiseau bruyant, qui vole directement vers le haut, avec beaucoup de fumée, comme quand on brûle du bois mouillé». Maintenant, si on pouvait ouvrir la tête d'un des ingénieurs de la NASA, et regarder le contenu de son concept de navette spatiale, on trouverait probablement un concept beaucoup plus précis et détaillé: «Véhicule habité à orbite basse, lancé d'une position terrestre stationnaire, propulsé par des moteurs de fusée orientés par turbo-pompe, alimentée par carburant (hydrogène liquide) et comburant (oxygène liquide), ainsi que deux moteurs de fusée à poudre, et tout le véhicule est protégé par des tuiles de céramique durant la rentrée dans l'atmosphère, et plane sans motorisation vers un atterrissage conventionnel sur piste».

Notre raison fonctionne comme ça, que ce soit pour les navettes spatiales, ou les démocraties. Nous nous servons de concepts, et nos concepts peuvent être incorrectes, ou ambigus, ou incomplets. Et j'exclus ici le cas du mensonge: même un homme des cavernes honnête et travaillant peut avoir des concepts imparfaits. Alors la prochaine fois que vous entendrez un citoyen pointer son pays du doigt et dire: «Démocratie!», même s'il n'est pas vraiment démocratique, pensez à cet homme des cavernes pointant du doigt une ridicule petite fusée de feux d'artifice et disant: «navette spatiale»!

4) Un être composé peut être partiellement décomposé

La troisième difficulté pour trouver de bonnes définitions est que la chose même qu'on tente de définir est souvent un «être composé». Par exemple, une auto est un «être composé»: elle a des roues, un moteur, un châssis, des fenêtres, des sièges, etc. Jusqu'à maintenant, pas de problème, mais quand une auto cesse-t-elle d'être une auto? Jusqu'à quel point doit-elle être «décomposée» pour qu'on arrête de l'appeler une «auto»? Si les essuie-glace sont manquants, est-ce encore une «auto»? Je dirais que Oui. Mais que dire si une roue manque? Ou si toutes les roues sont manquantes? S'il n'y a ni roues, ni moteur?

Ce problème se produit aussi lorsqu'on tente de définir la «démocratie». Est-ce encore une démocratie, si seuls les virs peuvent voter? Est-ce encore une démocratie si le roi peut parfois passer par-dessus les décisions des députés, même si la plupart du temps il s'en fiche éperduement et se concentre sur le golf de Sa majesté?

Remarquez que cette difficulté à définir un mot est causée par la nature même de ce qu'on tente de définir. Même si nous présumons que nous avons tous des volontés et des concepts parfaits, nous pouvons quand même avoir de la misère à décider quand cesser d'utiliser un mot. Remarquez que cela ne veut pas dire que «nos sens nous trompent», ou que «nous ne pouvons pas connaître la vérité». Au contraire, nous voyons clairement et nous savons que cette «chose» n'a pas de roues ou de moteur, ce qui explique pourquoi nous ne sommes pas sûrs si on doit encore l'appeler «auto».


5) Trois erreurs fréquentes dans les gouvernements réels

Nous avons vu trois difficultés reliées aux définitions. Considérons maintenant trois erreurs fréquentes dans les gouvernements réels: la déconnexion de la Loi naturelle, l'incompétence des électeurs, et le manque de vertu morale chez les chefs et les subordonnés.

D'une certaine manière, les vrais gouvernements ont plusieurs ressemblances avec comment nous nous «gouvernons nous-mêmes». Par exemple, supposons que vous avez faim. Si vous ne mangez pas, vous allez être malheureux. De par votre nature même, vous devez manger, et pas n'importe quoi (en d'autres mots, ce qui vous nourrit est déterminé par la Loi naturelle). Ensuite, vous avez besoin de cervelle pour faire un plan pour trouver de la nourriture (en d'autres mots, la compétence pour «voter» pour le bon plan), et finalement vous devez donner un ordre à votre main droite, et elle doit vous obéir: «Main droite! Ouvre ce frigo, et empoigne les légumes frais!» (en d'autres mots, la vertu morale des chefs et des subordonnés). Considérons maintenant chacun de ces trois aspects plus en détail.

6) La déconnexion de la Loi naturelle tue toutes les formes de gouvernement

À cause de la Loi naturelle, nous ne pouvons pas satisfaire notre faim en mangeant des roches ou des clous. (Voir entre autres «Qu'est-ce que la morale?») C'est la même chose pour le gouvernement. Un bon gouvernement doit guider le peuple vers le Bien commun, et loin des désastres comme la faillite nationale, ou un environnement saccagé, ou un génocide, etc. Le Bien commun est ce qui est bon pour tous les citoyens, et le «bien» est «ce qui est approprié à notre nature», ou en d'autres mots, «ce qui se conforme à la Loi naturelle».

Lorsqu'un gouvernement (que ce soit une monarchie, une aristocratie ou une démocratie) se «déconnecte» de la Loi naturelle, il cesse d'être un vrai gouvernement. Il y a même des mots différents pour désigner de telles monstruosités: la monarchie devient «tyrannie», l'aristocratie devient «oligarchie», et la démocratie devient «démagogie». Et puisque le gouvernement gouverne le peuple avec les lois et les sanctions, une «loi» qui vise autre chose que le Bien commun n'est plus vraiment une loi. En d'autres mots, une «loi» injuste n'est pas une loi. (Voir entre autres «Le Projet de loi C-666».)

Une des erreurs fréquentes de nos jours, à propos de la démocratie, est cette idée que «Quod principi placuit legis vigorem habet», en d'autres mots que «ce qui plaît au chef a la force de la loi». Mais, que le «chef» soit un seul roi, ou tous les citoyens, il n'en demeure pas moins qu'une «loi» n'est pas simplement ce qui plaît au chef. Elle doit se conformer à la Loi naturelle, autrement ce n'est qu'une illusion d'optique. (D'autres expressions du même genre pour parler de la même erreur sont «la tyrannie de la majorité», ou «la dictature du relativisme», etc.)

7) L'incompétence des électeurs: un génie n'est pas la somme de plusieurs sots

La deuxième erreur fréquente de nos jours, est cette idée que mettre plusieurs sots dans une salle va produire une oeuvre de génie, en d'autres mots, l'idée que la «démocratie», c'est lorsque chaque corps tiède a le droit de vote.

Il ne suffit pas de savoir que les fruits et les légumes frais sont bons pour vous (c'est-à-dire le but de vos actions, déterminé par la Loi naturelle), vous avez besoin de compétence pour choisir les bons moyens pour atteindre ce but. En d'autres mots, vous avez besoin des connaissances techniques, soit pour faire pousser votre propre nourriture, soit pour obtenir un bon emploi, gagner de l'argent, et ensuite aller à l'épicerie.

C'est la même chose pour un gouvernement: le chef doit savoir quels moyens vont mener au Bien commun. Que le chef ne soit qu'un seul citoyen (une monarchie), ou quelques-uns d'entre eux (une aristocratie), ou tous (une démocratie) ne change pas cette exigence pour la compétence. Si tous les citoyens votent que la meilleure manière d'atteindre la prospérité et le bonheur national, c'est que le gouvernement leur fournisse de la bière gratuite à tous les jours, en enfonçant leurs petits-enfants dans les dettes pour l'acheter, alors le Bien commun ne sera pas atteint.

Regardons une situation que je connais mieux: le Québec. Ici, vous avez le «droit» de voter, même si on vous a jeté en prison parce que vous êtes complètement dépourvu de jugeote! Imaginez! La société reconnaît officiellement que vous n'avez pas de jugeote (parce que vous avez égorgé votre grand-mère pour mettre la main sur l'héritage, ou que vous avez écrasé trois personnes, parce que vous conduisiez votre auto nu comme un ver et complètement saoul, ou une quelconque autre stupidité). Ensuite, la société vous dit: «Héo! Maintenant, on va te laisser voter, c'est-à-dire poser le geste qui exige le plus de jugement, puisque le sort de notre pays en dépend». Un autre exemple est le vote des gens mentalement inaptes. Vous pouvez être dans un foyer d'accueil, et tellement confus que vous ne savez plus comment attacher vos souliers ou comment aller à la salle de bains, mais la loi dit que l'infirmière en chef à côté de votre lit peut vous faire mettre un «X» sur un petit bout de papier!

Bien sûr, je n'ai rien contre la réhabilitation des criminels, ou le respect pour les gens âgés et les personnes handicapées. Aussi, je suis bien entendu d'accord que chaque citoyen adulte, ayant un minimum d'intelligence et de vertu morale, peut être éduqué de façon à pouvoir s'informer et juger des questions relevant du Bien commun. De plus, ceteris paribus, il est préférable que: «du peuple soient choisis les chefs, et qu'il appartient au peuple d'élire le chef» (ex popularibus possunt eligi principes, et ad populum pertinet electio principum) [Saint THOMAS, Somme Théologique, Ia-IIae, q. 105, a. 1].

Par contre, il y a une tendance inquiétante lorsque le vote devient comme un suçon qu'on donne à tous les enfants pour les faire taire, pendant que les vraies décisions sont prises ailleurs par d'autres gens. C'est inquiétant quand le gouvernement ne cesse de répéter que nous vivons dans une «démocratie», tout en ne faisant pas d'afforts pour donner à tous les citoyens l'éducation nécessaire pour faire fonctionner une vraie démocratie (Voir aussi «Comment tuer votre démocratie à petit feu».)

8) Le manque de vertu morale dans les chefs et les subordonnés

Churchhill.
[Source]

Un vieux dicton dit que «le pouvoir corrompt». Certaines personnes interprètent mal ce dicton, et prétendent que le pouvoir est intrinsèquement mauvais. C'est faux. Pensez à un chef de pompier qui crie des ordres à ses hommes: «Jacques, branche le boyau à la borne-fontaine! Robert, va chercher l'échelle et place-la sous la fenêtre où cette femme et ses enfants crient à l'aide! Thomas, va mettre ton manteau et tes bottes ignifuges, et ta bonbonne d'oxygène; tu vas monter dans l'échelle pour les aider à descendre, car tu es le plus fort d'entre nous!» Ici, nous avons un cas manifeste d'autorité: le chef donne des ordres, et les subordonnés obéissent. Sans cette autorité, la femme et ses enfants mourraient. Rien d'intrinsèquement mauvais ici.

Les hommes, de par la Loi naturelle, ne peuvent pas travailler pour atteindre le Bien commun sans une autorité qui les guide. Cette autorité peut être pervertie (en promulgant des «lois» injustes, par exemple), ou usurpée (par exemple, lorsqu'une junte militaire corrompue expulse un parlement démocratiquement élu, afin de saisir le pouvoir), ou flouée (par exemple, lorsqu'une foule de racistes se met à lyncher un homme noir, même si le chef de police crie que c'est un crime et ordonne à tout le monde d'arrêter). Mais l'autorité politique n'est pas mauvaise en soi.

L'autorité a beau ne pas être mauvaise en soi, les citoyens peuvent certainement manquer de vertu morale, qu'ils soient de simples électeurs ou des chefs élus de gouvernement. Les sept péchés capitaux (l'orgueil, l'avarice, l'envie, la colère, l'impureté, la gourmandise, la paresse [CÉC, N° 1866] peuvent détruire n'importe quelle démocratie, n'importe quand.

9) Conclusion

Qu'est-ce que la Démocratie? Je suis encore en train d'étudier de bons livres à ce sujet, et je recommande certainement que vous fassiez de même. En attendant, je vote que nous gardions en tête les trois difficultés sus-mentionnées, à propos des définitions, et que nous nous efforcions d'éviter les trois erreurs fréquentes de plusieurs gouvernements.

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