| Accueil >> Sermons perdus

L'Omertà catholique

Ne voyez pas de mal, n'entendez pas de mal, ne dites pas de mal
Ne voyez pas de mal, n'entendez pas de mal, ne dites pas de mal,
si un évêque catholique en est responsable!
(Image volée de www.valuebuy.net)

1) Introduction

Selon Wikipedia, «l'Omertà est une attitude populaire, fréquente dans les régions de l'Italie où la Mafia est puissante, qui implique qu'on ne collabore jamais avec la police. [...] Une définition commune est la Loi du silence. Il arrive souvent dans de telles régions que, après un meurtre relié à la Mafia, les gens vont se comporter comme s'ils ne se souvenaient pas d'avoir entendu ou vu quoi que ce soit, et nul ne voudra parler à la police.»

Une des prétentions fondamentales de ce site web est qu'il y a en ce moment une sorte d'«Omertà catholique» en Amérique du Nord, qui fait que les évêques (et a fortiori les simples fidèles) sont soumis à une loi du silence. Si un «frère évêque» fait quelque chose de mal, nul autre ne peut le mentionner, ou en parler aux médias, et encore moins condamner publiquement les actions de cet évêque!

Attention! Ce n'est pas parce que ce texte condamne un extrême, qu'il faut donc tomber dans l'autre extrême! Je suis tout à fait convaincu que l'indiscrétion, la critique destructive et la médisance sont des péchés! (Voir par exemple les excellent chapitres 27 à 29, dans la Troisième partie de L'Introduction à la vie dévote, de saint François de Sales, etc.)

2) L'Omertà catholique peut-elle exister?

Essayons de faire le point de la situation. L'Omertà catholique peut-elle exister? Quelles sont les possibilités?

2.1) Soit que tous les évêques font bien leur travail:

	2.3) Soit que le bon travail des évêques est évident:
	Solution: Il n'y a pas de problème! Alors taisez-vous.

	2.4) Ou que le bon travail des évêques n'est pas évident:
	Solution: Peut-être le ne voyez-vous pas, mais tout va
	très bien! Alors taisez-vous.

2.2) Ou que certains évêques ne font pas bien leur travail:

	2.5) Soit qu'il est impossible de faire un meilleur travail:
	Solution: Taisez-vous et priez.

	2.6) Ou qu'il n'est pas impossible de
	faire un meilleur travail

		2.7) Soit qu'il est impossible d'améliorer un évêque:

			2.9) Soit qu'un évêque peut être démi de ses fonctions:
			Solution: Taisez-vous, priez, et attendez que le Pape
			mette ce mauvais évêque à la porte.

			2.10) Ou qu'un évêque ne peut pas être démi de ses
			fonctions, aussi incompétent soit-il:
			Solution: Taisez-vous, priez, et attendez que cet
			évêque meurt de sa belle mort.

		2.8) Ou qu'il n'est pas impossible d'améliorer un évêque:

			2.11) Soit qu'il est interdit aux laïcs d'essayer
			d'améliorer un évêque:
			Solution: Taisez-vous, priez, et attendez que
			quelqu'un d'autre fasse quelque chose.

			2.12) Soit qu'il n'est pas interdit aux laïcs d'essayer
			d'améliorer un évêque:
			Solution: L'Omertà catholique est un mensonge!
			Faites-vous entendre, ne vous taisez pas!

Cette «taxonomie du silence» n'est pas complète, ni parfaite, et certains la trouveront ennuyeuse, mais je prétends qu'elle nous donne une meilleure idée de ce dont on parle. En effet, les arguments en faveur de l'Omertà catholique sont inévitablement du genre: «Le No. 2.12 est faux, donc le No. 2.4 s'applique» (ou No. 2.5, ou 2.10, etc.).

(Bien sûr, je prétends que #2.12 est vrai. Voir «Un catholique devrait-il critiquer publiquement certaines décisions de ses supérieurs?»)

3) Les recherches sur l'«Omertà catholique» sont difficiles

Prouver l'existence de l'«Omertà catholique» et l'étudier est en théorie assez simple. Il suffit d'acquérir une bonne connaissance des enseignements officiels de l'Église catholique, pour ensuite comparer cela à ce que les évêques font et disent (ainsi que ce qu'ils omettent de dire et faire). Mais en fait, il y a plusieurs obstacles aux recherches sur l'«Omertà catholique»:

3.1) C'est difficile pour un poisson de prouver que l'eau existe. Quand vous avez nagé dedans, que vous l'avez bu et respiré toute votre vie, c'est dur d'imaginer que les choses pourraient être autrement.

3.2) Les péchés d'omission sont toujours plus difficiles à prouver. Les péchés d'omission peuvent être tout aussi mauvais que les péchés ordinaires. Par exemple, le Christ condamne des gens à l'Enfer pour des péchés d'omission. («J'avais faim, et vous ne m'avez pas donné à manger. J'avais soif, et vous ne m'avez pas donné à boire.» [Mt 25:35]) Mais les péchés d'omission sont différents des péchés ordinaires, en ce qu'il est difficile de «prendre la main dans le sac» quelqu'un qui commet une omission, de la même manière que vous pouvez surprendre un voleur de banque en train de commettre son crime, par exemple. Les gens qui sont coupables de péchés d'omission peuvent avoir une très bonne image, et ne jamais être vus en train de faire quoi que ce soit de répréhensible.

À ce fait, il faut ajouter le manque généralisé de connaissance des enseignements officiels de l'Église catholique. Pour pouvoir voir que les évêques et les prêtres ne donnent pas telle nourriture spirituelle et tel brevage spirituel aux personnes qui se meurent de faim et de soif, il faut savoir que l'Église a telle nourriture et tel brevage de disponible dans Ses enseignements! Ainsi ces péchés d'omission sont doublement difficiles à détecter!

3.3) Même poser la question est socialement inacceptable. Essayer de voir si l'«Omertà catholique» existe vraiment signifie que vous êtes immédiatement taxé de «semeur de zizanie» et de «personne peu charitable», etc.

3.4) Seuls des inférieurs sans autorité peuvent en parler. Par définition, l'«Omertà catholique» concerne un petit groupe «tricoté serré» de gens puissants à l'intérieur de l'Église catholique (les évêques). À moins qu'un ou plusieurs évêques décident de briser la «loi du silence», seuls des gens sans autorité peuvent parler ouvertement de cette situation. Bien sûr, cela signifie qu'ils n'ont pas de crédibilité, et qu'ils sont exposés aux attaques publiques ou privées de leurs supérieurs.

3.5) Certains prêtres défendent l'«Omertà catholique». On pourrait s'imaginer, après avoir lu la définition de l'«Omertà» donnée ci-haut, que nulle personne saine d'esprit ne voudrait défendre une «Loi du silence», sauf que ce n'est malheureusement pas le cas.

La recherche sur l'«Omertà catholique» est probablement difficile pour plusieurs autres raisons, mais celle sur laquelle je voudrais me concentrer dans ce texte est la dernière mentionnée, c'est-à-dire l'effort fait par certains prêtres catholiques pour justifier cette «Omertà catholique», en se fondant sur des notions philosophiques et théologiques incorrectes.

4) Erreur: «Le bien ne fait pas de bruit, et le bruit ne fait pas de bien!»

Les prêtres catholiques ont rarement une formation d'ingénieur, alors il leur semble vrai que «Le bien ne fait pas de bruit, et le bruit ne fait pas de bien!» Sauf que, comme tout bon ingénieur le sait, il y a une différence fondamentale entre le bruit, et le signal! Si vous essayez de parler à quelqu'un alors qu'un train passe, ce que le train fait, c'est du «bruit», et ce bruit fait qu'il est difficile d'entendre le «signal», c'est-à-dire les mots prononcés par la personne qui vous parle. (C'est pourquoi les ingénieurs raffolent d'un «rapport signal-à-bruit élevé».)

Lorsque certains prêtres parlent de «bruit», ils veulent normalement dire la publicité. Bien sûr, ils ont raison, dans le sens où on doit faire le bien, non pas pour la publicité «bruyante» que cela pourrait nous donner, mais pour la gloire que cela donne à Dieu. De plus, si quelqu'un à côté de nous fait des mauvais coups, normalement cela ne fait pas de bien «d'ébruiter» cette affaire, de publiciser les péchés de cette personne.

Ce que ces prêtres ne disent pas est que «faire des signaux» (pas du bruit) est parfois absolument nécessaire. Si, par exemple, vous découvrez un remède pour la malaria, vous devez publiciser votre découverte, pour que le plus grand nombre de malades puissent être traités. De la même manière, si vous découvrez un criminel qui viole des enfants dans votre voisinage, vous devez publiciser votre découverte, pour que la police puisse attraper ce criminel, et que les parents puissent en éloigner leurs enfants.

Alors oui, «Le bien ne fait pas de bruit, et le bruit ne fait pas de bien!», mais le signal n'est pas du bruit, et parfois le signal est requis.

5) Erreur: «Ne faites qu'enseigner la bonne doctrine! Mettez l'accent sur le positif!»

Un exemple où il est vrai qu'on doit «ne faire qu'enseigner la bonne doctrine» et «mettre l'accent sur le positif», c'est l'éducation sexuelle donnée par les parents à leurs enfants. Vous ne devez pas donner, à votre jeune enfant innocent, des cours sur toutes les perversions sexuelles possibles! Vous devez attendre que votre enfant manifeste de l'intérêt, et ensuite, avec sérénité et amour, enseigner à votre enfant les aspects positifs de la sexualité humaine, selon son âge et sa maturité.

Mais ce n'est pas la situation qui nous intéresse. Nous parlons de prêtres et même d'évêques qui commettent des crimes sérieux et qui enseignent des hérésies, pendant que leurs frères évêques font semblant que «Tout va très bien, Madame la Marquise!» Tel qu'expliqué dans le No. 3 de «Béni soit le schisme qui vient au Nom du Seigneur», nos ennemis attaquent les moyens par lesquels on peut «enseigner la bonne doctrine».

«Enseigner la bonne doctrine» est pratiquement impossible si la personne en position d'autorité ne réfute pas publiquement les erreurs, et ne punit pas ceux qui les disséminent. Pourquoi? À cause de la nature même des lois. Les lois doivent «illuminer» les esprits de ceux qui doivent y obéir. C'est comme le «Principe du cornet de crème glacée». Lorsqu'un enfant se fait dire «Non!» par sa mère, il demande à son père! Si son père dit «Oui!», et que son père et sa mère n'ont rien de négatif à dire à propos de ce qu'ils ont ordonné pour leur enfant, alors l'enfant va probablement choisir l'ordre qui lui plaît! De la même manière, si deux évêques (ou prêtres, etc.) enseignent l'inverse l'un de l'autre, et que les deux n'ont que des choses positives à dire l'un de l'autre, alors qui a raison? La plupart des gens vont se dire: «Eh bien, ces deux chefs religieux ne sont pas d'accord sur cette question, et leurs opinions respectives sont légitimes, puisqu'ils ne se condamnent pas l'un l'autre, alors je vais tout simplement me fier à celui qui enseigne ce qui me plaît le plus!»

Certains prêtres vont tenter de se défendre en disant qu'«ils ont enseigné la bonne doctrine et mis l'accent sur le positif», et qu'ils ont eu de bons résultats. C'est vrai, car leurs membres sont déjà convaincus de l'existence et de la perversité de l'«Omertà catholique». Ces mouvements religieux ont des résultats qui sont excellents (à cause de la bonne doctrine), et très limités (parce qu'ils refusent de dénoncer l'«Omertà catholique», et doivent donc pratiquement vivre en cachette).

6) Erreur: «Mentionne les erreurs de l'évêque, mais ne dis pas son nom!»

On m'a déjà dit de «mentionner les erreurs de l'évêque, mais de ne pas dire son nom!» Il y a plusieurs problèmes avec cette approche:

6.1) Si taire le nom est nécessaire, alors il faut aussi taire toute information équivalente. Tel que dit au No. 4.4 du texte «Un catholique devrait-il critiquer publiquement certaines décisions de ses supérieurs?», taire le nom de quelqu'un ne suffit pas, vous devez aussi enlever toute autre information qui pourrait mener à l'identification de cette personne. Pour les délits ordinaires, comme voler de l'argent dans un dépanneur, il suffit d'enlever le nom. Mais que faire si votre évêque du lieu place un loup à la tête de son grand séminaire, ou reste silencieux alors qu'un de ses frères évêques est attaqué par les médias pro-avortement et pro-sodomie? Tout le monde va savoir de qui vous parlez, alors vous devrez «déguiser» votre texte, enlever de l'information, brouiller vos paroles, jusqu'à temps que personne ne sache de qui vous parlez. Mais alors, les gens ne comprendront pas non plus ce que vous condamnez!

6.2) Si quelqu'un fait quelque chose de mal une fois, ils peuvent recommencer. Si vous tombez malade, après être allé à un mauvais restaurant où la salubrité alimentaire passe après les profits, vous ne pouvez pas vous limiter à dire aux gens: «Attention aux aliments frelatés!» Vous devez aussi nommer ce restaurant, pour qu'ils puissent l'éviter et ainsi ne pas tomber malades! Si un évêque n'est pas fiable dans ses déclarations publiques (ou, plus précisément, dans les omissions de ses déclarations publiques), tous les fidèles doivent en être avertis, pour qu'ils puissent éviter de se faire prendre dans les pièges des déclarations futures.

6.3) Si la justice est assez bonne pour nos ennemis, elle devrait être assez bonne pour nos amis. Un des premiers principes de la justice est que les mêmes sanctions doivent être imposées pour toutes les personnes coupables des mêmes délits. Que l'accusé soit votre ami ou votre ennemi n'a pas rapport. La loi est la loi, et la loi ne fait pas acception de personnes.

6.4) On devrait s'inquiéter plus des âmes des fidèles, que de l'image de célébrité de certains évêques. Je suis régulièrement surpris de voir comment certaines personnes hurlent et grincent des dents quand l'image de leur «veau d'or épiscopal» est un peu égratignée, alors que ces mêmes personnes ne sourcillent pas lorsque des milliers et des milliers d'âmes sont menacées par les flammes éternelles de l'Enfer.

7) Erreur: «Il faut laisser pousser l'ivraie avec le bon grain, et tendre l'autre joue!»

Dans les Évangiles, Jésus dit: «Laissez-les donc grandir ensemble jusqu'à la moisson» [Mt 13:30], en parlant de l'ivraie et du bon grain. Les promoteurs de l'Omertà catholique interprètent ce passage en prétendant que Jésus voulait dire qu'il faut laisser les hérétiques détruire l'Église sans les déranger. Sauf que de nombreux saints, incluant Thomas d'Aquin, disent que si on peut enlever l'ivraie sans détruire le bon grain, il faut extirper l'ivraie. Voir entre autres La bonne vieille vertu chrétienne de la vengeance!

Les tenants de l'Omertà catholique se servent souvent d'un autre passage des Évangiles, où Jésus dit: «Si on te frappe sur la joue droite, présente encore l'autre joue» [Mt 5:39]. Sauf que quand Jésus se fait gifler, il ne tend pas toujours l'autre joue! «À ce moment, un des gardes qui étaient là donna une gifle à Jésus [...] Jésus lui répondit: "Si j'ai mal parlé, montre où est le mal; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu?" [Jn 18:23]» Pourquoi? Parce que si tendre l'autre joue peut diminuer la quantité de haine et de violence dans le monde, alors il faut tendre l'autre joue. Mais si céder devant l'injustice ne ferait qu'aggraver la situation, alors il faut se défendre.

Ces passages de l'Évangile ne nous disent pas qu'il faut se taire pendant que les loups mangent la laine sur le dos des agneaux! Ces passages nous disent tout simplement qu'il ne faut pas punir n'importe quel loup, n'importe comment, pour n'importe quelle raison.

8) Erreur: «On n'a pas besoin d'être bien futé pour dénoncer le mal!»

C'est vrai qu'on n'a pas besoin de beaucoup d'intelligence pour dénoncer le mal. Mais on a besoin de beaucoup de courage!

9) Conclusion

Jésus-Christ est la Vérité, pas le Camouflage. La Loi du silence vient de Satan. L'Église est gravement malade à cause de l'Omertà catholique, et le silence n'est pas un remède.

| Accueil >> Sermons perdus