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L'évêque de Chicoutimi s'oppose à la Messe tridentine

Élévation
[Source]

Suite à la demanded'un fidèle de Chicoutimi [motupropriochicoutimi.over-blog.com], voici mon analyse du contenu intégral du message de Mgr André Rivest, paru (entre autres) dans le feuillet paroissial de Sacré-Coeur (Chicoutimi-Ouest) du 8 juin 2008. Veuillez aussi noter que personnellement, même si je condamne le pseudo-esprit de Vatican II, je préfère quand même la Messe de Paul VI.

[Jaune] 1. En juillet 2007, le Saint-Père a étendu à l'Église entière la possibilité de célébrer la Messe selon les livres liturgiques promulgués le 23 juin 1962, soit avant le Concile Vatican II. On appelle cela la «forme extraordinaire» de la Messe.

Strictement parlant, la forme extraordinaire de la liturgie eucharistique n'a jamais été abrogée, alors le Pape ne pouvait pas «étendre cette possibilité à toute l'Église»:

Quant à l'usage du Missel de 1962, comme Forma extraordinaria de la Liturgie de la Messe, je voudrais attirer l'attention sur le fait que ce Missel n'a jamais été juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé.
[Lettre de Benoît XVI accompagnant Summorum Pontificum]

(Pour les friands de précision, selon ce même document, après l'apparition de la Messe de Paul VI en 1969, ce fût le «no-man's-land» juridique. Bien sûr, ce «no-man's-land» juridique fût exploité au maximum par les loups, qui en profitèrent pour laisser entendre que la forme extraordinaire était interdite. (L'histoire se répète donc avec cette lettre de l'évêque de Chicoutimi, comme nous le conclurons ci-bas.) En 1984, «Quattuor abhinc annos» imposa des conditions pour l'utilisation de la forme extraordinaire, qui furent ensuite assouplies d'abord par «Ecclesia Dei» en 1988, puis encore plus par «Summorum Pontificum» en 2007.)

[Jaune] En langage liturgique, le mot «extraordinaire» signifie exceptionnel.

J'avoue n'avoir jamais vu cette affirmation dans les enseignements de l'Église, et surtout pas concernant la distinction entre la forme ordinaire et la forme extraordinaire du rite.

[Vert] Lors de la célébration sous cette forme extraordinaire, le prêtre célèbre la Messe en latin et dos au peuple, comme autrefois, et les participants communient à genoux et sur la langue. La forme actuelle de célébrer la Messe est la «forme ordinaire».

Oui, mais selon Vatican II, la forme ordinaire de la Messe est aussi en latin:

L'usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins.
[Sacrosanctum Concilium, No. 36.1]

De plus, les enseignements officiels de Vatican II ne mentionnent pas la communion sur la langue ou dans les mains, à genoux ou debout. Même chose pour la position du prêtre tourné vers Dieu («ad orientem») ou vers le peuple.

De nos jours, ce sont les signes les plus visibles qu'on assiste à une Messe selon la forme extraordinaire, mais c'est surtout parce que au Québec, la Messe n'est presque jamais célébrée selon la forme ordinaire. Ce qu'on nous présente, comme étant «la Messe de Vatican II», est en fait une déformation née de «L'esprit» satanique de Vatican II.

[Plusieurs catholiques voulaient néanmoins avoir la Messe selon la forme extraordinaire]; cela s'est produit avant tout parce qu'en de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel; au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité; cette créativité a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable.
[Lettre de Benoît XVI accompagnant Summorum Pontificum]

[Vert] 2. Il y a un mois, une pétition signée par 100 personnes m'a été présentée, me demandant l'autorisation d'avoir une Messe une fois par mois sous la «forme extraordinaire», dans une des trois églises de la paroisse, de préférence à l'église du Christ-Roi. Selon le Motu Proprio du Saint-Père, j'avais le pouvoir d'autoriser cette requête.

[Vert] 3. Mais, comme les signataires venaient principalement de différentes paroisses du diocèse et par solidarité avec la pastorale d'ensemble du diocèse, j'ai cru bon consulter Mgr André Rivest, le premier Pasteur du diocèse, et en même temps lui soumettre la pétition pour qu'il donne une orientation diocésaine à ce sujet.

[Vert] 4. Mgr Rivest a consulté son Conseil presbytéral (composé de différents prêtres du diocèse) le lundi 19 mai dernier et le lendemain il m'a téléphoné pour me dire qu'il croyait bon de ne pas accorder l'autorisation de célébrer la Messe sous la «forme extraordinaire» dans le diocèse pour les raisons suivantes:

[Vert] 4.a. Le Motu Proprio dit: «dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers leur demande de célébrer la Messe sous sa forme extraordinaire» (article 5.1). Ni dans la paroisse Sacré-Coeur, ni dans le diocèse, il n'existe de groupe stable. Les signataires de la pétition ne forment pas un groupe stable, un groupe permanent, une communauté en tant que telle, mais un ensemble de personnes dispersées dans le diocèse qui, très majoritairement, n'ont pas de lien continu entre elles.

Et pan, dans le mille! Oui, une fois de plus, on constate les effets pervers du catholais. L'évêque a tout-à-fait raison, selon la lettre de la loi. Le Motu proprio dit exactement cela:

Dans les paroisses, où il y a un groupe stable de fidèles [...].
[Summorum pontificum, article 5.1]

Si l'intention du Pape était de permettre l'accès des fidèles à la forme extraordinaire, il a très mal formulé le règlement. Tel que c'est dit, il faut presque être «une paroisse dans une paroisse», afin de pouvoir prouver qu'un groupe stable de fidèles dans une paroisse a toujours adhéré à l'ancienne Messe. Imaginez! Le Pape Paul VI a enlevé à toute fin pratique l'ancienne Messe, les prêtres ont cessé de la dire, et les fidèles eux devraient pouvoir prouver qu'ils n'ont jamais cessé de la célébrer? Comment voulez-vous que cela puisse se produire? L'interprétation de Mgr André Rivest élimine tout simplement la possibilité pour les fidèles d'avoir accès à la forme extraordinaire, mais cette interprétation est tout-à-fait compatible avec le libellé. Même l'article 7 ne sert à rien:

Si un groupe de fidèles laïcs, tel que mentionné dans l'article 5.1, n'a pas obtenu satisfaction du pasteur pour leur requête, ils devraient informer l'évêque du diocèse. Il est fortement demandé à l'évêque de satisfaire leur désirs. S'il ne peut pas s'arranger pour qu'une telle célébration ait lieu, le dossier devrait être référé à la Commission pontificale «Ecclesia Dei».
[Summorum Pontificium, article 7]

Ici encore, la référence au «groupe stable dans une paroisse» est claire. Aucune mention n'est faite d'un groupe de fidèles, aussi grand soit-il, qui n'est uni que par sa soif désespérée d'une Messe qui n'est pas vandalisée par des prêtres hérétiques sodomisés par «l'esprit» de Vatican II.

Le Cardinal Marc Ouellet, à son crédit, a lui autorisé la même Messe dans son diocèse, pour des fidèles qui ne formaient pas du tout un groupe stable, et qui provenaient de plusieurs paroisses différentes. L'ambiguïté du Motu proprio ne lui donne ni tort, ni raison. Par contre, le gros bon sens et la Foi catholique le remercient chaleureusement!

[Jaune] 4.b. L'Évêque a comme rôle de protéger l'unité dans le diocèse et il a l'autorité et la responsabilité sur la liturgie et sur la pastorale des fidèles.

Encore ici, Mgr Rivest profite des riches possibilités de dissidence offertes par tout texte écrit en catholais. Le Pape dit bien:

Pour conclure, chers Confrères, il me tient à coeur de souligner que ces nouvelles normes ne diminuent aucunement votre autorité et votre responsabilité, ni sur la liturgie, ni sur la pastorale de vos fidèles.
[Lettre de Benoît XVI accompagnant Summorum Pontificum]

Le Pape aurait très bien pu dire, par exemple:

Je répète l'éternel enseignement du saint Concile Vatican II qui dit clairement que moi, le Pape, j'ai sur toute l'Église un pouvoir plénier, suprême et universel, que je peux toujours exercer en toute liberté [Lumen Gentium, No. 22, §2]. De plus, lorsque le Christ parle d'unité, il ne parle pas d'unité entre les fidèles et Satan, mais bien entre les fidèles et le Christ. Il ne faut pas hésiter à causer des divisions, lorsque des évêques et des prêtres se comportent comme des loups.
[L'Encyclique Recessus Est («la récréation est terminée») du Pape Elvis 1, un Pape qui a aussi innové en étant le premier à utiliser dans son nom un chiffre arabe plutôt qu'un chiffre romain, afin de promouvoir le dialogue inter-religieux avec les musulmans.]

[Jaune] L'autorisation de célébrer des messes sous sa «forme extraordinaire», sera source de division parmi les prêtres et les fidèles et l'impact d'une telle célébration risque d'être négatif.

Le Pape dit explicitement:

Ces deux expressions de la Lex orandi de l'Église ne mèneront en aucun cas à une division dans la Lex credendi de l'Église (La loi de la Foi). Ils sont, en fait, deux usages du rite Romain unique.
[Summorum pontificum, No. 1]

Par contre, si son intention était de faciliter l'accès à la forme extraordinaire, il en élimine presque la possibilité en disant ici:

[Certains ont exprimé la crainte] qu'une plus large possibilité d'utiliser le Missel de 1962 puisse porter à des désordres, voire à des fractures dans les communautés paroissiales. Cette crainte ne me paraît pas non plus réellement fondée. L'usage de l'ancien Missel présuppose un minimum de formation liturgique et un accès à la langue latine; ni l'un ni l'autre ne sont tellement fréquents.
[Lettre de Benoît XVI accompagnant Summorum Pontificum]

[Vert] 4.c. Parmi les critères mis de l'avant par le Saint-Père dans son Motu Proprio, l'évêque doit examiner si les demandeurs et les prêtres eux-mêmes ont la formation liturgique et une «certaine familiarité» avec la «forme extraordinaire» du rite latin, de même qu'une bonne connaissance de la langue latine que le pape Benoît XVI lui-même juge nécessaires pour une célébration fructueuse selon la «forme extraordinaire». Or, parmi les signataires très peu peuvent répondre positivement à ces critères.

Je ne suis pas d'accord avec ce paragraphe, mais Mgr Rivest cite presque textuellement le Pape! (Voir le paragraphe précédent.)

[Vert] 5. Après avoir consulté mon équipe pastorale, je suis totalement en accord avec la position de Mgr Rivest qui m'a demandé de vous faire part de sa décision. Je n'autorise donc pas la célébration de la Messe sous sa «forme extraordinaire» dans la paroisse Sacré-Coeur.

[Vert] 6. Cependant, les personnes qui désirent avoir une telle Messe, peuvent se rendre à l'église St-François-d'Assise, 1381, 1ère Avenue, Limoilou, Québec, tous les dimanches et les jours de fête, à 10 heures (Messe chantée).

Jean-Roch Gaudin, prêtre modérateur

Et voilà. Les prêtres à Chicoutimi pourront continuer à priver les fidèles de leur droit, avec pleine approbation de leur évêque, et en toute conformité avec la lettre de la loi.

J'ai hâte au pontificat de Elvis 1...

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