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La main de velours dans le gant de fer

Renée Rauchalles. Le mensonge.
(Renée Rauchalles. Le mensonge. Source)

Table des matières

1) Introduction
2) Le Décret de la Congrégation pour les évêques
3) Quelques réactions des autres à ce Décret
4) Ma réaction: Toute confusion sur la nature de l'excommunication entraîne la confusion doctrinale
5) Essayons encore de présumer que le Pape ne s'est pas trompé
6) La cause du problème, et quelques solutions possibles
7) Trois grands perdants: la FSSP, Jean-Paul II, la dignité du Magistère
8) Triple conclusion

1) Introduction

On m'a demandé ma réaction à la levée de l'excommunication des quatre évêques de la FSSPX le 2009-jan-21. La FSSPX est la «Fraternité sacerdotale saint Pie X», un groupe formé par Monseigneur Marcel Lefebvre, qui fut excommunié latae sententiae en 1988, de même que les évêques qu'il avait consacrés sans la permission de Rome. Les médias les associent normalement avec le «traditionalisme», la Messe dite en latin, le rejet du Concile Vatican II, etc.

Quelques mises-en-garde habituelles:

- s'il devait y avoir un désaccord entre le Pape et moi, le Pape a raison, et j'ai tort!;
- je me considère comme un catholique très traditionnel parce que j'accepte Vatican II;
- bien sûr j'aimerais que la FSSPX revienne dans l'Église catholique (de même que toutes les autres personnes sur cette planète!);
- j'ai tendance à voir des évêques efféminés partout! Et vous savez ce que saint Augustin dit des gens qui voient toujours le même défaut chez tout le monde!
;-)

2) Le Décret de la Congrégation pour les évêques

[Source: ma traduction française d'une traduction anglaise non-officielle de l'original en italien. Petite révision à partir de l'original italien par Anima.]

Dans la lettre datée du 15 décembre 2008, adressée à Son Éminence le Cardinal Dario Castrillón Hoyos, Président de la Commission pontificale Ecclesia Dei, Mgr Bernard Fellay, aussi au nom des trois autres évêques consacrés le 30 juin 1988, a demandé de nouveau la levée de l'excommunication latae sententiae formellement déclarée avec le Décret du Préfet de cette Congrégation le 1er Juillet 1988. Dans la sus-mentionnée lettre, Mgr Felly affirme, entre autres choses: «Nous sommes toujours fermement déterminés dans notre volonté de rester catholiques et de placer tous nos efforts au service de l'Église de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est l'Église catholique romaine. Nous acceptons ses enseignements avec une disposition filiale. Nous croyons fermement à la Primauté de Pierre et à ses prérogatives, et pour cela la situation actuelle nous fait beaucoup souffrir.»

Sa Sainteté Benoît XVI - paternellement sensible au malaise spirituel manifesté par la partie intéressée à cause de la sanction d'excommunication et ayant confiance dans l'effort exprimé par eux, dans la sus-mentionnée lettre, de ne pas ménager les efforts pour approfondir les dialogues nécessaires avec l'Autorité du Saint-Siège concernant les questions encore ouvertes, afin d'atteindre bientôt une solution pleine et satisfaisante au problème posé à l'origine - a décidé de reconsidérer la situation canonique des évêques Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson, et Alfonso de Galarreta, découlant de leur consécration épiscopale.

Avec cet acte, nous désirons consolider les relations réciproques de confiance, d'intensifier et d'accorder la stabilité à la relation entre la Fraternité sacerdotale saint Pie X avec le Siège Apostolique. Ce don de la paix, à la fin des célébrations de la Nativité, veut aussi être un signe pour promouvoir l'unité dans la charité de l'Église universelle et d'éviter le scandale de la division.

Nous espérons que cette étape sera suivie par la prompte réalisation de la pleine communion avec l'Église de toute la Fraternité sacerdotale saint Pie X, témoignant ainsi de la vraie fidélité, et de la vraie preuve de l'unité visible dans la reconnaissance du Magistère et de l'autorité du Pape.

En se fondant sur les facultés qui me sont expressément accordées par le Saint Père Benoît XVI, en vertu du présent Décret, je remets les évêques Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson, et Alfonso de Galarreta de la censure de l'excommunication latae sententiae déclarée par cette Congrégation le 1er juillet 1988, alors que je déclare privé de tout effet juridique, à partir de la présente date, le Décret émis à ce moment.

Rome, de la Congrégation pour les Évêques, 21 janvier 2009.

Card. Giovanni Battista Re
Préfet de la Congrégation pour les Évêques

3) Quelques réactions des autres à ce Décret

Cette décision du Pape Benoît XVI a fait couler beaucoup d'encre de par le monde. Avant de présenter mes réactions personnelles, je vais essayer de donner quelques échantillons représentatifs des réactions d'autrui, comme une sorte de débroussaillage, afin de voir le problème plus clairement. Aussi, j'ai essayé de trier ces réactions en ordre approximatif d'importance croissante:

3.1) «Un des évêques dés-excommuniés prétend que les Juifs n'ont pas été exterminés par les Nazis, donc le Pape est anti-sémite!»

Richard Williamson, un des quatre évêques de la FSSPX «dés-excommuniés», prétend apparemment que «seulement entre 200 000 et 300 000 Juifs sont morts avant et durant la 2e Guerre mondiale, et aucun dans les chambres à gaz» [AFP].

Le chef de la FSSPX a dit:

[Dans une entrevue à la télévision suédoise, Williamson] commente des questions historiques, en particulier la question du génocide des Juifs par les National-socialistes [...]

Les déclarations de Mgr Williamson ne représentent aucunement la position de notre Société. [...] Nous demandons pardon au Souverain Pontife et à tous les peuples de bonne volonté pour les conséquences dramatiques d'un tel acte. [...]
[Communiqué de presse de Mgr Fellay concernant l'entrevue de Mgr Williamson, 2009-jan-27]

Le Pape Benoît XVI a dit:

Que la Shoah soit pour tous une admonition contre le nihilisme, la négation et le réductionisme, car la violence contre un seul être humain est une violence contre tous [...]

[le Pape a expliqué comment à Auschwitz] des millions de Juifs ont été cruellement massacrés, victimes innocentes d'une haine aveugle, d'une haine raciale et religieuse. [...]

Alors que j'exprime une fois de plus avec affection ma pleine et incontestable solidarité avec nos Frères et Soeurs qui ont reçu le Premier Testament, j'ai confiance que la mémoire de la Shoah va faire que l'humanité va réfléchir à la puissance imprévisible du mal, lorsqu'il s'empare du coeur de l'homme.
[audience générale hebdomadaire, 2009-jan-28]

Le Secrétariat d'État du Vatican a dit:

Les positions de Mgr Williamson sur la Shoah sont absolument inacceptables et fermement rejetées par le Saint-Père [..., et elles étaient] inconnues du Saint-Père au moment de la rémission de l'excommunication.
[Note du Secrétariat d'État, 2009-fév-04]

Le nombre de journalistes qui prétendent que le Pape Benoît XVI est anti-sémite, semble inversement proportionnel au nombre de journalistes qui citent textuellement leurs sources et qui donnent de bons hyperliens!

Cela étant dit, quelqu'un aurait dû voir venir ce problème. À ma connaissance, Williamson n'a jamais caché ses opinions. De plus, toute personne qui discute avec des membres de la FSSPX s'aperçoit rapidement que certains d'entre eux ont des «opinions très étranges» (c'est le moins qu'on puisse dire) sur les Juifs.

Mais soyons charitables, et supposons que nul n'aurait pu prédire ce dégât. Même dans ce cas, la réaction a été lente et mauvaise. La mise au point que le Pape a ajouté sept jours après n'était qu'un vague rappel de l'horreur de l'Holocauste, sans nommer Williamson. Il a fallu attendre treize jours pour que le Secrétariat d'État dénonce les propos de Williamson. Mais même cette dénonciation ne fut pas particulièrement bien faite. Elle semblait très empressée à plaire aux journalistes anti-catholiques, et peu étayée par la théologie et le droit canon. (Et je ne parle même pas de l'ignorance des plus élémentaires exigences de la justice envers l'accusé.)

J'aimerais bien que le Vatican embauche un quelconque gestionnaire des communications, quelqu'un qui prendrait les déclarations du Pape avant qu'elles ne soient rendues publiques, pour ensuite se poser la question: «Comment les médias anti-catholiques vont-ils attaquer ceci?» Nous savons tous que des journalistes corrompus vont lancer toute boue qu'ils peuvent trouver. Ne devrions-nous pas éviter de leur faciliter la tâche? La tâche de défendre les enseignements de l'Église catholique est déjà bien assez difficile comme c'est là, sans avoir à surmonter une autre barrière de préjugés...

3.2) «Il ne faut pas être comme le frère jaloux de l'Enfant prodigue, et être en colère parce que notre Père lui pardonne!»

Belle allusion biblique, Monseigneur Hippolyte Simon, mais dans [Lc 15:11-32], d'abord l'Enfant prodigue se repent, et c'est seulement après son repentir que le Père lui pardonne!

3.3) «Les évêques de la FSSPX ont accepté Vatican II avant d'être dés-excommuniés!»

Oui, ça serait beau, Cardinal Dario Castrillón Hoyos, sauf qu'apparemment autant le chef de la FSSPX que le Pape Benoît XVI vous contredisent.

3.4) «Le Pape Benoît XVI n'essayait que de prévenir un schisme et de promouvoir l'unité!»

Il faut distinguer deux choses ici: l'intention, et le moyen employé. Comme je l'ai déjà dit dans l'Introduction, je suis totalement d'accord avec toute intention de prévenir (ou guérir) un schisme et de promouvoir l'unité. Je n'accuse absolument pas les intentions de Benoît XVI! Au contraire, je suis sûr qu'il avait plein d'intentions chaudes et douces dans son coeur, au moment de «dés-excommunier» ces évêques de la FSSPX.

Sauf qu'une bonne intention ne suffit pas pour qu'un acte soit bon. C'est un excellent commencement, mais cela ne suffit pas. Pour que l'acte soit bon, toutes les composantes de l'acte doivent être bonnes.

3.5) «Ces dés-excommunications n'ont pas conféré de reconnaissance canonique à la FSSPX, ni donné une fonction canonique à ses quatre évêques!»

Bon, le Secrétariat d'État du Vatican tente de trouver une quelconque distance entre l'Église et la FSSPX. En a-t-il trouvé une?

Le kiosque à patates frites du coin n'a pas de «reconnaissance canonique». De plus, ses employés ne sont ni des prêtres, ni des évêques, donc ces employés n'ont pas de «fonction canonique». Et alors? Cela n'empêche pas ces gens d'être membres de l'Église catholique à 100%!

Qu'une personne soit catholique ou pas, n'a aucun rapport avec la présence ou l'absence d'un rôle canonique dans l'Église (soit de cette personne, soit de l'organisme dont cette personne est membre). La question priordiale est: Ces quatres membres de la FSSPX, fraîchement «dés-excommuniées», sont-ils en-dedans, ou en-dehors de l'Église? Et s'ils sont en-dehors, pourquoi les a-t-on «dés-excommuniées»? Et s'ils sont en-dedans, pourquoi leur refuse-t-on tout rôle dans l'Église, et pourquoi est-ce qu'on leur demande de commencer à accepter l'autorité du Pape et de Vatican II?

3.6) «Ces dés-excommunications ne sont que le début du processus! Elles ne signifient pas que la pleine communion a été atteinte!»

J'ai entendu plusieurs variations sur ce thème:

[...] les négotiations ne font que commencer. Les mésententes théologiques graves qui séparaient Monseigneur Lefèbvre du Vatican en 1988 existent encore aujourd'hui. En levant les excommunications, le Pape ouvre le chemin pour une franche discussion de ces questions théologiques.
[Phil Lawler, 2009-jan-28]

[...] il faut dire, répéter et souligner que ces quatre évêques n'ont pas été réintégrés. Et donc, Mgr Williamson [...] n'est toujours pas revenu au sein de l'Eglise catholique et il ne relève toujours pas de l'autorité du Pape. Les informations qui parlent de réintégration reposent sur une confusion grave entre levée des excommunications et réintégration à part entière.
[Mgr Hippolyte Simon, 2009-jan-29]

J'espère que mon geste sera suivi d'un prompt engagement de leur part de faire les pas supplémentaires qui sont nécessaires pour atteindre la pleine communion avec l'Église, montrant ainsi la fidélité et la reconnaissance du Magistère et de l'autorité du Pape et du Concile Vatican II.
[Pape Benoît XVI, 2009-jan-28]

Le problème avec ces affirmations est que je suis incapable de leur trouver un quelconque fondement dans le Droit canon, et que tous les auteurs cités ci-haut (incluant le Pape) évitent soigneusement de dire où ce fondement pourrait bien être. Je ne trouve pas, ni dans le bon sens, ni dans le Droit canon, un «troisième état» entre être «à l'extérieur de l'Église», et «pas à l'extérieur de l'Église». Si vous n'êtes pas en dehors, n'êtes-vous pas en-dedans?

4) Ma réaction: Toute confusion sur la nature de l'excommunication entraîne la confusion doctrinale

Quelle est ma réaction face à ce Décret? D'abord, écoutons la réaction typique de «traditionnalistes» extrêmes:

«L'Église a finalement admit que la FSSPX avait raison, que l'Église a abandonné la Tradition, que Vatican II est une erreur, que la Messe de Vatican II est invalide, que feu Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre avait raison sur toute la ligne.»

Pouvons-nous les blâmer de penser ainsi? Non. Pensez-y. Vous êtes soit en communion avec l'Église, ou vous ne l'êtes pas. Être «partiellement en communion» n'est pas être en communion avec l'Église, sinon les protestants, les juifs et les musulmans seraient catholiques (ils sont tous au moins partiellement d'accord avec les enseignements de l'Église catholique). Si vous rejetez quelque chose enseigné par l'Église catholique, ce que vous rejetez est soit essentiel, soit accessoire. Si c'est accessoire, alors c'est une question de goût, et vous pouvez continuer à y croire si ça vous tente. Si c'est essentiel, vous êtes excommunié.

J'insiste:

Si vous rejetez ne serait-ce qu'un seul dogme de Foi, ou une seule vérité de morale, vous êtes automatiquement excommuniés. À cause de ce petit empêchement énervant appelé «La Logique», cela signifie que si vous êtes «dés-excommuniés», alors vous croyez nécessairement tout ce qu'un catholique doit croire!

Si vous êtes excommunié, alors pour que l'excommunication soit levée, vous devez vous repentir publiquement, et rejeter les erreurs auxquelles vous adhériez auparavant. Après cela, l'excommunication peut être levée. (Canon 1358, §1: «La remise d'une censure ne peut être accordée si ce n'est au délinquant qui a mis fin à sa contumace, selon le Canon 1347, §2 [...]».)

Si vous n'êtes pas excommunié, alors vous n'avez pas besoin d'avoir des «négociations» avec Rome! Il n'y a pas besoin de travailler sur «l'étape suivante». Mais le Décret dit: «Nous espérons que cette étape sera suivie par la prompte réalisation de la pleine communion avec l'Église» (mes italiques).

Si vous n'êtes pas excommunié, alors toute demande de «pourparlers» avec Rome va signifier que vous êtes OK, et que vous n'avez pas besoin de vous repentir, car c'est Rome qui est dans l'erreur! Apparemment, c'est exactement l'interprétation de ce Décret donnée par le chef de la FSSPX, quelques jours plus tard!

[...] nous acceptons et nous faisons nôtres tous les Conciles jusqu'au Premier Concile du Vatican. Néanmoins nous ne pouvons qu'exprimer des réserves concernant le Deuxième Concile du Vatican [... nous] restons fidèles à la ligne de conduite indiquée par notre fondateur, l'archevêque Marcel Lefebvre, dont nous espérons voir la réputation bientôt restaurée. Conséquemment, nous souhaitons commencer ces «pourparlers» -- que le Décret reconnaît «nécessaires» -- concernant les questions doctrinales qui sont opposées au Magistère de tous les temps.
[Mgr Bernard Fellay, 2009-jan-24, ma traduction]

5) Essayons encore de présumer que le Pape ne s'est pas trompé

Prétendre qu'un Pape s'est trompé est très risqué. L'Histoire de l'Église est, d'une certaine manière, l'histoire des mauvais théologiens qui se sont pensés plus futés que le Pape, et qui se sont avérés avoir tort. Essayons donc de présumer que le Pape n'a pas commis une erreur.

Par exemple, on pourrait avancer que l'excommunication initiale des évêques de la FSSPX avait été seulement une sanction disciplinaire prononcée en raison d'une désobéissance formelle au Pape. Donc la «dés-excommunication» ne trancherait pas le débat de fond sur le refus du Concile Vatican II. Si cette hypothèse est vraie, alors le Pape Benoît XVI a parfaitement raison, et j'ai parfaitement tort.

Illustrons avec une métaphore: un mauvais conducteur conduit en état d'ébriété, ET en plus il se fait donner une contravention pour excès de vitesse. Le conducteur conteste sa contravention, disant qu'il respectait la limite, et que le radar des policiers devait être dans l'erreur. Le juge examine sa cause, constate que le radar était brisé, et «casse» la contravention, déclarant que le conducteur n'est pas coupable d'avoir enfreint la limite de vitesse.

Les journalistes se saisissent de l'affaire, signalent un vidéo sur YouTube montrant ce conducteur totalement saoûl le soir où il a reçu sa contravention pour excès de vitesse, et déclarent que le juge a «légalisé» la conduite en état d'ébriété.

Dans cette métaphore, il est clair que le juge n'approuve pas la conduite en état d'ébriété, même s'il «casse» la contravention pour excès de vitesse. Mais cette métaphore peut-elle être comparée au cas de la FSSPX? Selon moi, la situation des contraventions ressemble à ceci:

Contraventions

Par contre, la situation des excommunications ressemblerait plutôt à ceci:

Excommunications

Le Code de Droit canonique ne distingue pas de «saveurs d'excommunications». (On pourrait dire qu'il y a des excommunications «ferendae sententiae» et «latae sententiae», c'est-à-dire «non-automatiques» et «automatiques», mais dans le cas qui nous concerne, l'excommunication pour ordonner des évêques sans permission du Pape, et celle pour hérésie, sont toutes deux «latae sententiae».)

Comme je me tue à le répéter, qu'importe pourquoi vous avez abouti dans la partie du dessin appelée «Excommunié»? Si vous n'êtes plus dans la partie du dessin appelée «Excommunié», vous êtes dans l'Église!

Devant cet obstacle logique, si on veut continuer à soutenir que le Pape Benoît XVI ne s'est pas trompé, on a les options suivantes:

5.1) Ils sont encore excommuniés. L'excommunication pour cause d'ordonner des évêques sans la permission du Pape est levée, mais l'autre excommunication, l'excommunication ultra-secrète (que nul ne connaît sauf le Pape), l'excommunication pour avoir rejeté un Concile et l'autorité des Papes Paul VI et Cie, elle n'est pas levée. C'est juste qu'on n'en parle ni dans le Décret, ni ailleurs.

La planète terre est donc plongée dans une confusion doctrinale monstre, car apparemment on peut rejeter un Concile légitime, et l'autorité des Papes Paul VI et Cie, sans être excommunié.

5.2) Ils ne sont pas excommuniés. L'excommunication pour cause d'ordonner des évêques sans la permission du Pape est levée, et il n'y a aucune autre excommunication à lever après celle-là.

La planète terre est donc plongée dans une confusion doctrinale monstre, car apparemment on peut rejeter un Concile légitime, et l'autorité des Papes Paul VI et Cie, sans être excommunié.

5.3) Ils ont rejeté leurs erreurs. L'excommunication pour cause d'ordonner des évêques sans la permission du Pape est levée, et la FSSPX accepte de tout coeur Vatican II ainsi que l'autorité des Papes Paul VI et Cie, donc il n'y a aucune autre excommunication à lever. Cette acceptation (de Vatican II ainsi que l'autorité des Papes Paul VI et Cie) est ultra-secrète, connue seulement de quelques bonzes de la FSSPX et de Rome.

La planète terre est donc plongée dans une confusion doctrinale monstre, car apparemment on peut rejeter un Concile légitime, et l'autorité des Papes Paul VI et Cie, sans être excommunié.

5.4) Ils n'avaient pas d'erreur à rejeter. L'excommunication pour cause d'ordonner des évêques sans la permission du Pape est levée, et Vatican II n'est pas un Concile légitime, ou enfin Vatican II n'enseigne rien d'essentiel à la Foi catholique, donc on peut le rejeter. De plus, les Papes Paul VI et Cie n'ont rien enseigné d'essentiel à la Foi catholique. Donc il n'y a aucune autre excommunication à lever.

La planète terre est donc plongée dans une confusion doctrinale monstre, car apparemment on peut rejeter un Concile légitime, et l'autorité des Papes Paul VI et Cie, sans être excommunié.

6) La cause du problème, et quelques solutions possibles

Selon moi, aucun des scénarios décrits ci-haut ne s'est produit. Voici, selon moi, ce qui s'est vraiment passé:

6.1) De nombreux célèbres clowns pseudo-catholiques se pavanent continuellement devant les médias, en faisant la promotion de l'avortement, de la sodomie, du protestantisme, etc. Le Pape n'ose pas déclarer que ces clowns sont excommuniés, par crainte de se faire blâmer pour un schisme mondial (même si ce schisme existe déjà). Les membres de la FSSPX sont mille fois moins hérétiques que ces clowns, et ils sont officiellement excommuniés. Dans une tentative de redresser cette injustice, sans avoir à user de virilité, le Pape «dés-excommunie» les quatre évêques de la FSSPX, tout en encourageant un flou doctrinal à propos du rapport entre la FSSPX et Vatican II.

La planète terre est donc plongée dans une confusion doctrinale monstre, car apparemment on peut rejeter un Concile légitime, et l'autorité des Papes Paul VI et Cie, sans être excommunié.

Toute cette confusion est facile à comprendre. Relisez le tout début du Décret ci-haut, c'est-à-dire la «mini-Profession de Foi» de la FSSPX: «Nous sommes toujours fermement déterminés dans notre volonté de rester catholiques [...]. Nous croyons fermement à la Primauté de Pierre et à ses prérogatives».

C'est un excellent commencement, mais malheureusement, c'est encore trop ambigu, comme d'habitude. Par exemple, je peux vous montrer plusieurs hérétiques qui ne cessent de proclamer leur «fidélité totale au Pape», sauf lorsqu'ils sont en désaccord avec lui!

Pour savoir sur quel pied ils dansent, il faut poser une question précise à ces gens. Dans le cas de la FSSPX, je suggère la question suivante:

«Qui a seul l'autorité divine pour interpréter correctement les enseignements de Vatican II, et ceux qui suivent ce Concile?»

La seule réponse acceptable est: «Non pas Marcel Lefebvre ou Bernard Fellay, mais bien le Pape, et les évêques en communion avec le Pape».

En général, avant de lever une excommunication, je recommande de faire signer publiquement une Profession de Foi très explicite, un Profession qui attaque précisément les erreurs qui ont entraîné l'excommunication pour commencer.

De plus, selon moi, la meilleure manière d'opérer un rapprochement entre la FSSPX et l'Église catholique, c'est d'augmenter les excommunications, pas de les diminuer! Il y a des loups dans la bergerie, et en quantité industrielle! Si le Pape excommuniait quelques douzaines de célèbres clowns pseudo-catholiques qui se pavanent continuellement devant les médias, en faisant la promotion de l'avortement, de la sodomie, du protestantisme, etc., cela priverait la FSSPX de son argument-massue.

7) Trois grands perdants: la FSSP, Jean-Paul II, la dignité du Magistère

7.1) Premier perdant: la FSSP

Comme d'habitude, lorsque les mauvais étudiants sont récompensés, les bons étudiants sont automatiquement punis. Si vous pouvez obtenir un beau bulletin en buvant de la bière, en «séchant» vos cours et en insultant le professeur, pourquoi se donner la peine d'arriver à temps pour chaque cours, d'écouter avec attention, de prendre de bonnes notes, et d'étudier fort?

De quoi a l'air la FSSP après ce Décret? La FSSP est exactement la même chose que la FSSPX, sauf pour toutes les choses incompatibles avec le catholicisme! Si vous aimez vraiment la liturgie à l'ancienne mode, sans rejeter l'autorité du Pape, alors vous n'avez pas besoin que vos évêques soient «dés-excommuniés», vous avez besoin de traverser la rue, de l'église locale de la FSSPX à l'église locale de la FSSP! La FSSP a souffert toutes ces années, tenant les deux bouts de la «chaîne»: s'accrochant au Pape d'une main, et à la liturgie à l'ancienne mode de l'autre. Ils ont agi droitement. Ils n'ont pas envoyé valser le Pape, ils n'ont pas enfreint la Loi de l'Église en matière grave, etc. Ils ont été les bons étudiants. Et maintenant, les mauvais étudiants viennent juste d'obtenir une aussi bonne note qu'eux, mais en insultant leur professeur plutôt que d'étudier fort!

7.2) Deuxième perdant: le Pape Jean-Paul II

D'une certaine manière, ce Décret dit: «Le Pape Jean-Paul II avait une main de fer dans un gant de fer. Il ne connaissait rien à la négociation. Il n'a pas eu la patience d'écouter ce que la FSSPX avait à dire. Il n'avait pas le coeur tendre d'un bon père. Il suffit de lever ces méchantes excommunications, et tout le monde va voir jusqu'à quel point ces gens de la FSSPX sont gentils, et jusqu'à quel point ils veulent être d'accord avec le Pape.»

7.3) Troisième et pire perdant: la dignité du Magistère

On vous a récemment excommunié? Ne vous inquiétez pas! Soyez heureux! Attendez que le Pape actuel meure (et il est très vieux de toute façon!), et le prochain Pape va faire changer d'idée l'Église!

Sérieusement, en présumant une interprétation naïve de l'énoncé ambigu signalé ci-haut, ce Décret se défend. De plus, de telles décisions pastorales ne sont pas protégées par l'Infaillibilité papale, alors le Magistère ne s'est pas trompé. Mais ces distinctions théologiques subtiles seront totalement ignorées par monsieur-tout-le-monde, qui va se méfier encore plus du Magistère.

8) Triple conclusion

8.1) Réduction à l'absurde

D'une certaine manière, toute cette histoire est tordante. La FSSPX accepte tous les enseignements officiels de l'Église, jusqu'en 1962 (le Concile Vatican II). À partir de ce moment, ils considèrent le Magistère comme une cafétéria, où ils peuvent picorer ce qu'ils veulent. Le Pape vient de déclarer qu'ils sont «dés-excommuniés», alors même qu'ils sont des «catholiques de cafétéria». Le Pape sous-entend donc que ce «catholicisme de cafétéria» est acceptable, n'est-ce pas?

Maintenant, cette déclaration du Pape est soit ex cathedra, ou non. Si le Pape ne parlait pas ex cathedra, alors j'ai le droit d'être en désaccord avec lui (droit dont je me prévaux à l'instant).

Mais, si le Pape en fait parlait ex cathedra, alors en tant que catholique, je dois me soumettre et être d'accord avec lui! Dans ce cas, j'accepte par les présentes tous les enseignements officiels du Magistère, non pas jusqu'à Vatican II, mais bien jusqu'au 21 janvier 2009!
;-)

8.2) Aveuglement causé par la révolution féministe

La révolution féministe nous a lavé le cerveau, et nous empêche de voir que l'amour paternel est tout-à-fait compatible avec la virilité paternelle.

En effet, toute cette situation peut être comparée à celle du père qui interdit à son fils d'emprunter l'auto, parce que le fils se saoule régulièrement, et que le père l'a attrapé en train de conduire en état d'ébriété la nuit précédente. «Tu dois commencer à aller aux réunions des Alcooliques Anonymes avant que je puisse penser à te prêter l'auto de nouveau», dit le père. Que diriez-vous si le fils répondait: «Je n'ai pas de problème de boisson. Alors d'abord tu recommences à me prêter l'auto, et ensuite nous discuterons des erreurs que tu commets en tant que père, et qui causent tous tes problèmes»?

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je pense qu'un père avec une main de velours dans un gant de fer dirait: «OK, en tant que don de la paix, je vais te laisser emprunter l'auto de nouveau, afin d'atteindre bientôt une solution pleine et satisfaisante au problème posé à l'origine».

8.3) Ma suggestion au Pape Benoît XVI

Par les présentes, je suggère officiellement et humblement que le Pape Benoît XVI ré-excommunie les quatre évêques de la FSSPX, jusqu'à temps qu'un fondement théologique et canonique plus solide puisse être trouvé pour leur ré-admission dans l'Église.

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